La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) franchit une étape majeure dans la modernisation des services financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). À travers un communiqué publié le 2 avril 2026, l’institution a annoncé qu’à compter du 30 juin 2026, la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) deviendra obligatoire pour l’ensemble des acteurs financiers de l’espace communautaire.
Cette réforme traduit la volonté de la BCEAO de bâtir « un écosystème financier plus inclusif, plus dynamique et plus performant », conformément à la vision portée par son gouverneur, Jean-Claude Brou. Retour sur cette révolution des paiements numériques aux multiples retombées pour les populations et les entreprises de la sous-région.
Une révolution dans les paiements numériques
L’interopérabilité financière désigne la capacité des différents systèmes de paiement à fonctionner ensemble de manière fluide et transparente. Concrètement, elle permettra à un utilisateur d’effectuer instantanément des transferts entre plusieurs plateformes, qu’il s’agisse d’un compte bancaire, d’un portefeuille mobile money ou d’un établissement de microfinance, sans contrainte liée à l’opérateur utilisé.
Dans le contexte de l’UEMOA, cette réforme concerne les banques, les institutions de microfinance, les établissements de monnaie électronique et les établissements de paiement. L’objectif est de rendre possibles les transferts d’argent et paiements instantanés entre tous les acteurs du système financier régional.
Grâce à cette plateforme, les transactions pourront être réalisées en temps réel, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, quel que soit le type de compte utilisé par le client.
Cinq avantages majeurs pour les populations
Selon Séraphin Prao, maître de conférences agrégé d’économie à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, l’interopérabilité présente cinq principaux avantages.
Le premier concerne l’accélération des transactions. Les paiements et transferts s’effectueront désormais instantanément, à toute heure et tous les jours de la semaine.
Deuxième avantage : l’amélioration de l’efficacité des transactions financières. En réduisant les délais et les coûts de traitement, la plateforme facilitera les opérations pour les particuliers comme pour les entreprises.
Pour les ménages, cela signifie des transferts d’argent plus rapides et sécurisés, une meilleure gestion des finances personnelles et des coûts de transaction réduits. Pour les entreprises, notamment les PME, le système permettra une gestion plus efficace des paiements et une amélioration de la trésorerie grâce à la rapidité des encaissements.
Un levier puissant pour l’inclusion financière
Le troisième avantage concerne l’inclusion financière. Selon l’économiste, cette réforme facilitera l’accès des populations aux services financiers, notamment pour les personnes non bancarisées vivant dans les zones rurales ou éloignées.
« Le système s’inscrit dans un contexte où l’inclusion financière progresse. En 2022, le taux de bancarisation classique dans l’UEMOA était de 24,3 %. En incluant les institutions de microfinance et les comptes mobiles, ce taux atteignait 70,9 %. La PI-SPI pourrait renforcer davantage cette dynamique », explique Séraphin Prao.
L’essor du numérique conforte cette ambition. En 2024, l’UEMOA comptait plus de 130 millions de comptes mobile money, dont près de 40 % actifs, selon des données de la GSMA. Les opérateurs télécoms réalisent aujourd’hui plus de 80 % des transactions électroniques dans la zone, reléguant les banques traditionnelles au second plan sur les paiements de masse.
La BCEAO entend donc créer une infrastructure centralisée et harmonisée permettant des transactions instantanées, sécurisées et à moindre coût afin de stimuler davantage l’inclusion financière et la dématérialisation des paiements publics et privés.
Innovation et concurrence renforcées
Quatrième avantage : la stimulation de l’innovation. L’interopérabilité offrira aux banques et fintechs un nouveau cadre pour développer des solutions financières plus adaptées aux besoins des usagers.
Les clients pourront désormais effectuer des paiements ou des transferts vers des bénéficiaires utilisant des institutions financières différentes de la leur, sans difficulté.
Enfin, cinquième avantage, cette réforme favorisera une concurrence accrue entre les prestataires de services financiers, ce qui devrait améliorer la qualité des services et réduire les coûts pour les consommateurs.
Pour Alphonse Kadjo, banquier ivoirien, cette interopérabilité représente également un levier stratégique pour les banques de Côte d’Ivoire. Elle constitue à la fois une opportunité d’expansion régionale et un défi face à la montée en puissance des télécoms et fintechs. Cette infrastructure pourrait notamment dynamiser les transferts de la diaspora et les activités des PME exportatrices.
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Une réforme préparée depuis 2019
Le projet d’interopérabilité de la BCEAO est le fruit de plusieurs années de préparation. Dès 2019, une étude sur la maturité du marché des services financiers numériques dans l’UEMOA avait été menée afin d’évaluer les conditions nécessaires à l’interopérabilité.
Le processus s’est accéléré en janvier 2024 avec la publication de l’instruction n°001-01-2024 relative aux services de paiement dans l’UEMOA.
Le 30 septembre 2025, la BCEAO a officiellement lancé la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI), imposant progressivement aux prestataires de proposer des services de paiement instantané, quel que soit le type de compte utilisé.
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Toutes les institutions concernées dès le 30 juin 2026
À partir du 30 juin 2026, toutes les institutions financières de l’UEMOA devront obligatoirement être connectées à la plateforme interopérable du système de paiement instantané.
Sont concernés les banques, établissements de microfinance, établissements de monnaie électronique ainsi que les établissements de paiement.
Cette obligation implique l’achèvement des intégrations techniques, la mise en conformité des systèmes d’information et le déploiement effectif des services auprès des clients.
Avec déjà 80 institutions connectées, la BCEAO entend accélérer la généralisation de ce dispositif afin de faire entrer durablement l’UEMOA dans l’ère des paiements numériques instantanés.
SOURCE : Fratmat