Depuis 2021, une immense fresque décorait le mur de la clôture du lycée classique d’Abidjan, situé en face de la mairie de Cocody. Et depuis cinq ans, des couples qui venaient de se marier dans cette mairie se faisaient photographier devant cette œuvre d’art réalisée par le peintre américain JonOne. Depuis quelques jours cette fresque a disparu, recouverte par une peinture blanche. Que s’est-il passé ?
En 2021, JonOne, artiste américain installé à Paris, était venu exposer ses œuvres à la galerie Studer du jeune Guillaume Studer à Cocody. Et, avant de s’en aller, il a décidé d’offrir un cadeau à la ville d’Abidjan en réalisant une fresque sur un mur. Après des recherches, et à la suite de discussions avec la mairie de Cocody, commune où se trouve la galerie, et les responsables du lycée classique, c’est le mur de cet établissement scolaire qui fut retenu. Un accord verbal fut donné et l’œuvre fut réalisée.
JonOne est un peintre connu dans le monde entier. Du moins pour ceux qui s’intéressent à l’art plastique. Il est né en 1963 à Harlem, un quartier de New York où il s’était fait connaître en peignant des graffitis dans le métro de sa ville natale. Et il devint rapidement une des figures marquantes de cet art naissant.
En 1987, il part s’installer à Paris et décide de peindre sur des toiles, créant un nouveau style qui est une sorte de jonction entre graffitis et expressionisme abstrait. Et il devient l’un des acteurs majeurs du monde de l’art moderne. Il se fait connaître dans le monde entier, entre autres pour ses œuvres réalisées sur les avions de la compagnie française Air France et sur les flacons du parfumeur Guerlain. Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur par la France en 2015.

L’œuvre qu’il avait réalisée sur la clôture du lycée classique était la troisième qu’il réalisait sur le continent africain, après Cape Town en Afrique du sud et Dakar au Sénégal. Et un responsable du lycée a estimé que la clôture de cet établissement serait plus belle si elle était peinte en blanc.
Je crois qu’à Cocody les édiles ont de sérieux problèmes avec l’art. Je me souviens de l’œuvre réalisée par un artiste au temps du ministre de la culture Zadi Zaourou et du maire Mel Théodore au carrefour Saint-Jean à Cocody, pour commémorer l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Elle représentait une chaîne brisée et un oiseau qui s’envolait.
Quelques années plus tard, un nouveau maire vint et fit détruire l’œuvre pour construire à la place une statue de Jean, un saint chrétien. J’écrivis à cette époque que ce maire était un inculte. Et il en fut vexé. Il répliqua en m’envoyant son long CV pour me prouver qu’il avait fait de longues études et avait obtenu de nombreux diplômes. Lorsque le pouvoir changea à nouveau, ce maire fut balayé et sa statue fut renversée.
La destruction de l’œuvre de JonOne ne traduit rien d’autre que l’absence totale de culture artistique de celui qui a pris la décision de la recouvrir de peinture blanche. Il n’avait sans doute pas compris que ce qu’il voyait sur ce mur et qu’il prenait peut-être pour du coloriage d’enfant sans aucune valeur était un trésor. Il ne sait sans doute pas ce qu’est le Street art et ce qu’il représente aujourd’hui sur le marché de l’art et dans l’embellissement des cités.

A titre d’exemple, il a été réalisé à Cotonou, au Bénin, une immense fresque sur le mur de la clôture du port de la ville par plusieurs artistes de renom et elle est devenue aujourd’hui l’une des plus importantes attractions de la capitale économique du pays. Apparemment dans notre pays nous n’avons pas encore bien compris l’importance de l’art dans nos vies et dans nos rues.
Pleurons donc pour ce crime commis à Cocody contre l’art et prenons les dispositions pour qu’il n’y ait plus de récidive. Commençons déjà par l’éducation des personnes qui prennent les décisions concernant l’aménagement et la décoration de nos édifices publics.
SOURCE : Fratmat