Santé : Pourquoi le Fonds national de lutte contre le Sida devient Fonds national de lutte contre les urgences épidémiologiques

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Le Conseil des ministres du mercredi 5 août 2026 a acté la transformation du Fonds national de lutte contre le sida (Fnls) en Fonds national de lutte contre les urgences épidémiologiques. Pour rappel, l’annonce avait été préparée dès juillet 2025 lors de la visite en Côte d’Ivoire de la Directrice exécutive de l’ONUSida, Winnie Byanyima, et confirmée par la direction du Fnls en octobre 2025.

La réforme est présentée comme une réponse à la baisse des financements extérieurs et à la nécessité de renforcer le système de santé national, alors même que la prévalence du VIH continue de baisser dans le pays. Le contexte épidémiologique justifie en partie cet optimisme prudent. Longtemps classée parmi les pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés avec une séroprévalence de 3,4%, la Côte d’Ivoire enregistre aujourd’hui une nette amélioration. Selon les données officielles du ministère de la Santé, la prévalence nationale est passée de 3,7% en 2010 à 1,5% en 2025. Elle était de 1,7% fin 2024 contre 1,82% en 2022. Les nouvelles infections ont chuté de 67% depuis 2010, passant de 8 978 cas en 2022 à 8 209 en 2024, soit une baisse de 10%. Les décès liés au sida ont également reculé de 75% depuis 2010, avec 8 366 décès enregistrés en 2024 contre 9 952 deux ans plus tôt. Chez les jeunes d’Abidjan, la situation est moins alarmante que ne le laissent penser certaines rumeurs : la prévalence est de 0,57% chez les 15-19 ans, 0,98% chez les 20-24 ans et 1,67% chez les 25-29 ans. Malgré ces progrès, des disparités demeurent. Les femmes restent les plus touchées avec un taux de 3,6% contre 1,3% chez les hommes. En 2025, 64,3% des personnes infectées sont des femmes. Environ 410 000 personnes vivent actuellement avec le virus et 82% d’entre elles connaissent leur statut.

Créé en 2004 et placé sous la double tutelle du ministère de la Santé et de la Couverture maladie universelle et du ministère de l’Économie et des Finances, le Fnls a financé plus de 783 projets communautaires en faveur des personnes vivant avec le VIH. Avec la réforme, son champ d’action s’élargit. Il n’intégrera plus seulement la lutte contre le VIH mais aussi la santé maternelle, la nutrition et la sécurité sanitaire. L’objectif est de passer d’une approche verticale à une approche intégrée, avec le VIH désormais inclus dans la couverture maladie universelle et les soins de santé primaires. « L’Etat ivoirien ambitionne de transformer le Fnls en Fonds de maladies et urgences épidémiques », a indiqué la directrice du Fnls, Nathalie Flore Sokouri, lors d’un forum à Dakar en octobre 2025.

De la raréfaction des ressources extérieures

Cette transformation intervient également dans un contexte de désengagement progressif de certains partenaires techniques. Pendant des années, 78% du budget global de la lutte contre le VIH en Côte d’Ivoire était financé par le PEPFAR, 17% par le Fonds mondial et seulement 5% par l’État. Face à cette dépendance et aux coupes budgétaires annoncées, Abidjan souhaite accroître ses ressources nationales. Le Fnls fonctionne déjà en partie sur des fonds domestiques avec une subvention de l’État à 30% et 70% provenant des partenaires. 80% de ces financements sont orientés vers les projets communautaires. L’ONUSida a d’ailleurs salué « l’engagement d’accroître les ressources nationales », qu’elle considère comme un exemple pour les autres pays confrontés aux mêmes défis.

Au-delà du VIH, le nouveau fonds doit aussi permettre une réponse plus rapide aux urgences épidémiologiques. La leçon de la Covid-19 a renforcé la volonté du gouvernement de se doter d’un outil national capable d’intervenir rapidement en cas de crise sanitaire. Mais la transition a un coût. Pour réussir le passage à des soins intégrés et universels, la Côte d’Ivoire devra mobiliser 150 milliards de Fcfa supplémentaires. À titre de comparaison, la prise en charge mensuelle des antirétroviraux sans subvention est estimée à 80 000 FCFA par malade.

Malgré ces défis financiers, le gouvernement réaffirme son cap. L’objectif reste d’éliminer le VIH d’ici 2030. « Grâce au soutien de l’ONUSida, la Côte d’Ivoire est en train de gagner la bataille contre le VIH » a déclaré le Premier ministre Robert Beugré Mambé. La Directrice exécutive de l’ONUSida, Winnie Byanyima, a elle aussi félicité le pays pour « la réduction impressionnante de la prévalence du VIH ». Avec cette nouvelle mouture, le Fnls veut donc passer d’un outil de lutte contre une seule maladie à un mécanisme national de résilience sanitaire, capable de financer à la fois le sida et les prochaines urgences épidémiologiques.

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