Interview/Bilan du premier trimestre : « Nous voulons faire de l’environnement un levier de transformation », affirme Abou Bamba, ministre de l’Environnement
Je voudrais d’abord remercier le Président de la République, Alassane Ouattara, pour sa confiance. Dès ma prise de fonction, j’ai voulu imprimer une vision claire : faire de la politique environnementale un levier concret de transformation économique et sociale, et non plus un simple cadre normatif. Cette vision repose d’abord sur une exigence de fermeté. L’État doit pleinement jouer son rôle de garant de l’intérêt général. Cela signifie renforcer le contrôle, assurer l’application effective des règles et responsabiliser tous les acteurs. Les campagnes d’inspection menées ont déjà permis de contrôler une centaine d’entreprises.
Quelles sont les actions engagées pour une modernisation de la gouvernance environnementale ?
Nous avons également engagé une modernisation profonde de la gouvernance environnementale avec la mise en service du Renseignement et d’Information Environnementale (SRIE) et du Système d’Information Géographique du Développement Durable et de la Transition (SIGDDIT). Ces outils numériques permettent davantage de proximité avec les populations, plus de transparence et une meilleure traçabilité. Enfin, j’ai voulu donner une forte dimension territoriale à notre action. L’environnement doit être visible dans les régions, au contact des populations. Mon mandat est placé sous le signe de l’action, avec une priorité claire : remettre l’environnement au cœur des politiques publiques et privées.
Quel diagnostic faites-vous de la situation environnementale en Côte d’Ivoire après un peu plus de trois mois ?
Mon diagnostic est lucide. Notre pays est confrontéà des pressions environnementales réelles. La pollution des eaux, la dégradation des écosystèmes, la pression sur les forêts et la gestion des déchets demeurent des défis majeurs. Des missions menées dans l’Agnéby-Tiassa, à Tiapoum ou encore à Grand-Lahou ont permis de documenter des cas de pollution et d’engager des mesures correctives. À Grand-Lahou, quatorze hectares de mangroves ont déjà été restaurés. Mais au-delà des défis, il existe aussi des opportunités. La création du Bureau Marché Carbone et les démarches engagées auprès du Fonds vert pour le climat montrent que la transition écologique peut devenir un levier de développement économique et social.
Quelles sont les actions majeures engagées depuis votre arrivée ?
J’ai d’abord effectué des visites d’imprégnation au CIAPOL, à l’ANDE et à l’OIPR. Ensuite, nous avons conduit une mission gouvernementale à Tiapoum pour évaluer la pollution des lagunes Tendo, Ehy et Aby. Nous avons renforcé le contrôle environnemental avec l’inspection d’une centaine d’entreprises, notamment des cimenteries, huileries et bétonnières. Nous avons aussi consolidé les actions de protection des écosystèmes. À Grand-Lahou, les travaux de stabilisation du cordon sableux protègent aujourd’hui plus de 8 000 ménages contre l’érosion côtière.
L’orpaillage illégal prend de l’ampleur. Quels en sont les impacts ?
L’orpaillage illégal est aujourd’hui l’un des défis environnementaux les plus préoccupants. Il entraîne la dégradation des sols, la destruction du couvert végétal et surtout une pollution importante des cours d’eau. Ses conséquences touchent directement les populations. L’eau contaminée affecte les usages domestiques, agricoles et halieutiques, avec des risques sanitaires élevés. Notre réponse repose sur quatre axes : renforcer le contrôle, cartographier les zones affectées, proposer des alternatives économiques durables et intensifier la sensibilisation des communautés.
Quelle est votre perception de la situation des lagunes ?
La situation est préoccupante. Les lagunes sont soumises à de fortes pressions liées à la pollution, à l’urbanisation non maîtrisée et au remblayage illégal. Si rien n’est fait, les conséquences seront lourdes : perte de biodiversité, baisse de la production halieutique et dégradation des conditions de vie des populations riveraines. Nous renforçons donc la surveillance, le contrôle et la coordination avec les collectivités territoriales.
Comment stopper la déforestation ?
La réponse doit être globale. Il faut protéger ce qui reste, restaurer ce qui est dégradé et transformer les pratiques économiques. Nous avons déjà engagé des actions pour préparer le classement de nouvelles superficies forestières en réserves naturelles volontaires, notamment à Ayaman, Tiapoum et Zuénoula. L’agroforesterie, les alternatives économiques durables et la mobilisation de financements climatiques seront déterminants.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Les principales difficultés concernent les capacités opérationnelles de nos services, la coordination entre acteurs et le respect encore insuffisant des normes environnementales. Nous y répondons par le renforcement progressif des moyens, l’amélioration de la concertation institutionnelle et une intensification du contrôle.
Quelles sont vos perspectives pour les prochains mois ?
Nous entrons dans une phase d’accélération. Nous allons renforcer le contrôle environnemental, poursuivre la modernisation numérique, intensifier les actions de restauration des écosystèmes et faire de l’économie verte un axe majeur de création de valeur. L’accueil du siège régional du Fonds vert pour le climat constitue également une opportunité stratégique pour mobiliser davantage de financements.
Votre mot de fin ?
Je remercie le Président de la République, le gouvernement, l’ensemble des collaborateurs du ministère, les partenaires techniques, la société civile, les médias et tous les citoyens engagés. Je voudrais que nous retenions trois messages. D’abord, le monde traverse une crise environnementale majeure et il y a urgence à agir. Ensuite, le principe du pollueur-payeur sera appliqué avec fermeté. Enfin, notre pays dispose de ressources importantes dont la valorisation peut favoriser l’écotourisme et la création d’emplois verts. Nous avons engagé une dynamique. Nous allons la poursuivre avec constance, détermination et sens des responsabilités.