Côte d’Ivoire-AIP/ Personnes disparues : dans la douleur de l’attente, des familles restent suspendues au mince espoir d’une réponse à Daloa
Daloa, 4 sept 2026 (AIP) – Des années après la disparition de leurs proches, des familles continuent de vivre, à Daloa, dans l’incertitude et la douleur, sans savoir si leurs enfants, parents ou conjoints sont encore en vie ou non.
Lors de la commémoration de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, encore appelée Journée internationale des personnes disparues, jeudi 3 septembre 2026 à Daloa, deux témoignages rappelant la douleur silencieuse de ces familles ont marqué l’assistance.
La première est celle Mme Dosso, environ 76 ans. Les larmes aux yeux, elle a raconté au public sa dernière communication avec sa fille, qui a voulu émigrer en Europe.
Au téléphone, la jeune fille lui avait demandé de prier pour elle, en lui annonçant qu’elle s’apprêtait à traverser la Méditerranée.
Ce fut la dernière fois qu’elle a entendu la voix de sa fille. « Je ne sais même plus si elle est effectivement montée à bord de l’embarcation ou si quelque chose d’autre s’est produit », a-t-elle lâché entre deux sanglots qu’elle ne cherchait plus à dissimuler.
Le deuxième témoignage a été livré par Eugène Kouassi, secrétaire général de l’association des familles de personnes portées disparues de Daloa.
Son fils était étudiant à l’université d’Abidjan (Cocody) en 2010. Pendant la crise postélectorale, il l’avait appelé un matin, pour lui annoncer qu’il venait de quitter le campus et qu’il était en route pour le rejoindre en famille, par mesure de sécurité.
L’enfant n’est jamais arrivé à la maison. Et malgré les recherches entreprises dans les commissariats et auprès du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), cet instituteur à la retraite n’a jamais plus de nouvelles qui lui permettraient d’être situé sur le sort de son enfant.
Ces deux témoignages illustrent la particularité de la souffrance des familles de personnes disparues : contrairement au décès confirmé que l’on finit par accepter, la disparition laisse subsister un espoir, mais si mince qu’il devient angoissant lorsqu’il se prolonge dans le temps et empêche de faire leur deuil.
Le coordonnateur départemental Protection du CICR, Fabien Kaufmann, admet que cette incertitude constitue une source durable d’angoisse pour les proches.
« Derrière chaque personne disparue, il y a une famille plongée dans une angoisse, celle de ne pas savoir ce qu’il est advenu d’un être cher », a-t-il déclaré.
A cette souffrance psychologique s’ajoutent souvent des difficultés économiques, juridiques et administratives, notamment en l’absence de certificat de décès qui complique le règlement de certaines questions liées à la succession, à la garde des enfants ou au remariage.
Pour la directrice des requêtes et enquêtes du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Me Danyogo Makaya, les familles doivent être placées au centre de dispositifs de recherche et d’accompagnement.
Elle a assuré que leur quête de vérité constitue une souffrance majeure pour le CNDH qui travaille, avec d’autres parties, à la mise en place d’un mécanisme national dédié à la recherche des personnes disparues.
La commémoration de Daloa, coorganisée par le CNDH et le CICR, visait à maintenir la question des personnes disparues dans le débat public et à rappeler le droit des familles à connaître le sort de leurs proches.
(AIP)
