Cameroun : Les violences dans les régions anglophones, le prix d’une crise sans issue politique ?

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Dans les régions anglophones du Cameroun, l’attaque menée le mardi 8 septembre 2026 contre un convoi administratif, les enlèvements d’enseignants et la perturbation durable de la vie scolaire ne relèvent pas seulement d’un fait divers sécuritaire : ils résument l’enlisement d’une crise politique que l’absence de conciliation, de dialogue et d’intégration continue d’alimenter. Ces éléments ne sont donc pas isolés. Ils s’inscrivent dans la crise anglophone née de revendications d’enseignants et d’avocats, avant de basculer dans une insurrection séparatiste opposant l’État à des groupes armés dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Dans ces régions, l’école est devenue à la fois un service public fragilisé, un symbole de présence étatique et un terrain de pression sur les communautés.

La position officielle du gouvernement camerounais est que le Cameroun est un État un et indivisible et qu’il rejette toute sécession dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tout en prônant le dialogue dans le cadre de la décentralisation et du Statut spécial, avec une réponse sécuritaire ferme contre les groupes armés séparatistes. Le déplacement d’une autorité administrative pour constater la situation et rassurer les populations montre bien que l’école, les routes et les représentants de l’État sont devenus des marqueurs de pouvoir dans un conflit où la violence cherche à imposer son langage. Comprendre cette logique ne revient pas à la justifier moralement ; cela permet d’expliquer pourquoi elle se reproduit lorsque la parole publique ne crée plus de débouché crédible.

C’est précisément parce que ces faits touchent l’administration, les enseignants et les familles qu’ils révèlent le déficit de perspective politique. Lorsqu’une partie de la population a le sentiment que ses griefs historiques — langue, justice, éducation, autonomie locale, représentation — ne trouvent ni écoute crédible ni mécanisme institutionnel de résolution, la contestation pacifique perd de son pouvoir d’attraction. Les groupes armés prospèrent alors sur une idée simple et dangereuse : si l’État ne répond qu’à la force, seule la force permettrait d’exister politiquement. L’attaque d’un convoi ou la prise en otage d’enseignants deviennent ainsi des moyens de contester l’autorité plutôt que de défendre une cause par le débat.

L’absence d’un dialogue inclusif nourrit aussi la méfiance autour des initiatives de retour à la normale. La reprise des cours, mentionnée dans le texte initial, ne peut être durable si elle repose uniquement sur des assurances administratives ou sécuritaires. Elle suppose que les enseignants, les parents et les élèves soient protégés, mais aussi que leurs communautés se sentent reconnues dans l’État, dans ses administrations et dans ses garanties de justice. Sans cette reconnaissance, chaque tentative de normalisation risque d’être perçue comme une injonction plutôt que comme une reconstruction.

Le déficit d’intégration est donc au cœur de la spirale. Tant que la réponse publique sera d’abord militaire, la population civile restera prise entre deux contraintes : la peur des groupes armés et la défiance envers les forces de sécurité. Cette double pression affaiblit les modérés, décourage les médiateurs locaux et transforme les écoles, les routes et les chefferies en lieux de confrontation. La violence ne surgit donc pas dans le vide, elle s’installe là où les institutions ne parviennent plus à produire de confiance.

Sortir de cette spirale impose donc de déplacer le centre de gravité : moins promettre un retour abstrait à la normalité que reconstruire les conditions d’une appartenance commune. Cela suppose une médiation crédible, des garanties de sécurité pour les civils, une décentralisation effective, la réhabilitation de l’école et une parole politique capable d’intégrer les mémoires blessées. À défaut, chaque attaque contre un convoi, chaque enlèvement d’enseignants et chaque rentrée scolaire menacée confirmeront l’idée que le dialogue est impossible. Et dans les zones anglophones, cette conviction demeure l’un des carburants les plus durables de la violence.

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