Danané, c’est deux grandes zones. La première, à l’est, par la sous-préfecture de Mahapleu (canton Oua), au nord par la sous-préfecture de Kouan-Houle (canton Kale), au nord-est par la sous-préfecture de Daleu (canton Gourousse) que nous parcourons pour laquelle vous voyez et vivez les difficultés des populations. C’est important de le préciser, tout ce département nous a fait confiance lors des élections de décembre dernier.
Quel est le potentiel humain et économique de cette zone, notamment le canton Gouroussé?
Le Gouroussé est une terre naturellement riche et fertile. C’est une terre de culture où les populations autochtones vivent en parfaite harmonie avec leurs frères allogènes. Historiquement, cette zone a toujours été le grenier agricole du département de Danané, et elle l’est encore aujourd’hui. On y cultive le cacao partout, on y trouve de nombreux champs de café, et la production vivrière y est abondante. Le potentiel est immense.
Pourtant, malgré ces richesses, les populations semblent vivre de grandes difficultés. Pourquoi ?
Le principal problème, c’est l’enclavement. Depuis plus de vingt ans, les villages et campements sont isolés. Depuis la crise de 2002, aucun investissement public significatif n’a été fait pour les routes. Les populations produisent, elles travaillent dur, mais leurs produits ne peuvent pas être évacués. Nous enregistrons jusqu’à 80 % de pertes post-récolte uniquement à cause du mauvais état des routes. Des vivriers qui pourraient approvisionner Danané ou Abidjan restent bloqués dans les villages.
Votre plaidoyer porte particulièrement sur la route Danané–Sipilou. Pourquoi est-elle si cruciale ?
Parce que sans route, il ne peut y avoir de développement. Cette souffrance dure depuis plus de 24 ans et les populations sont épuisées. Nous avons accueilli avec espoir l’annonce du Ministre du Plan et du Développement, indiquant que le bitumage de l’axe Sipilou est inscrit dans le Pnd 2026-2030. Nous exprimons notre reconnaissance au Président de la République, au Premier ministre, au Vice-premier ministre et à l’ensemble du gouvernement. Mais aujourd’hui, nous demandons que cette route devienne un projet prioritaire. Son inscription au Pnd ne suffit plus, c’est une urgence.
Au-delà du développement économique, y a-t-il un enjeu sécuritaire ?
Absolument. Cette route est aussi une route stratégique. Elle longe la frontière guinéenne, à l’ouest, dans une zone forestière très vaste. Alors que des efforts importants sont faits au nord pour contenir l’insécurité, le flanc ouest reste vulnérable. Faire de cet axe une priorité, c’est sécuriser la frontière ouest, garantir la stabilité nationale et consolider la paix, socle même du Pnd.
La proximité de la frontière a-t-elle des effets sur la vie quotidienne ?
Oui, notamment sur le coût de la vie. Le cacao ivoirien fuit vers la Guinée et, paradoxalement, la vie est plus chère ici qu’ailleurs. L’eau, les produits de base et les biens essentiels coûtent plus cher, principalement à cause du mauvais état des routes.
Les populations attendent beaucoup de vous. Quel est réellement le rôle d’un député dans ce contexte ?
Le député n’a pas de budget direct. Son rôle est d’alerter, de plaider et de porter la réalité du terrain auprès des autorités. Les populations placent de grands espoirs en nous, mais il n’y a pas de solution immédiate. Un plaidoyer sérieux, argumenté et documenté peut cependant influencer les décisions. C’est aussi pour cela que nous avons invité les journalistes : pour voir, témoigner et porter la voix des populations.
Qu’en est-il des infrastructures sociales : écoles, santé, eau ?
La situation est très préoccupante. Dans l’éducation, les écoles sont saturées, parfois avec plus de 130 élèves par classe, des enfants assis à cinq par banc, des bâtiments dégradés et peu de logements pour les enseignants. Certaines écoles ont été construites par les communautés elles-mêmes. En santé, de nombreux villages n’ont aucun centre de santé malgré leur importance démographique. Pour l’eau potable, hormis Daleu, aucun village ne dispose d’un système fonctionnel, malgré l’annonce de l’année de l’eau potable. Concernant l’électricité, des progrès ont été faits depuis 2011, mais dans certains villages, les poteaux sont installés sans que la connexion ne soit encore effective.
Certains accusent les cadres et leaders politiques de la région d’avoir failli. Qu’en pensez-vous ?
Je n’ai pas l’habitude de personnaliser le débat. Mais une question se pose : qu’est-ce qui s’est passé pour que notre région reste dans cet état ? Depuis 2011, nous avons connu plusieurs Pnd, mais notre région n’en a jamais véritablement bénéficié. Aujourd’hui, pour le PND 2026–2030, notre route est enfin programmée. Nous disons Alléluia, mais ce n’est plus une promesse que nous demandons : c’est une action urgente. Chacun doit faire son examen de conscience. Notre mandat, depuis le 27 décembre 2025, est clair : porter la voix de nos populations. L’histoire et Dieu nous jugeront.
Un appel au gouvernement et au Président de la République ?
Les populations de Danané n’ont pas été abandonnées par choix, mais par invisibilité. Ce combat n’est ni partisan ni politique. Même à la frontière, ces populations sont ivoiriennes et méritent les mêmes droits. Nous faisons confiance au Président de la République. Lorsqu’il verra ces images et entendra ces témoignages, nous savons qu’il agira. Investir ici, c’est lutter efficacement contre la pauvreté. Et ce combat ne fait que commencer.
( FRATMAT)