Jean-Arsène Yerima (Afreximbank) : « Le PAPSS n’est plus une ambition, mais une réalité au service de l’intégration économique africaine ».

Jean-Arsène Yerima est Directeur régional des opérations d’Afreximbank pour l’Afrique de l’Ouest francophone. Fort de plus de vingt ans d’expérience dans la banque commerciale et le financement du commerce international, il pilote depuis Abidjan les activités de la Banque africaine d’import-export dans l’espace UEMOA, en Guinée et en Mauritanie. Spécialiste des questions de commerce intra-africain, d’industrialisation et d’intégration financière, il est l’un des principaux promoteurs des solutions panafricaines de paiement et de financement développées par Afreximbank.

Pouvez-vous nous expliquer l’objectif de l’événement consacré à AfPay et au CIPS, ainsi que la vision d’Afreximbank concernant ces deux solutions ?

Afreximbank Financial Platform (AfPay) et Cross-Border Interbank Payment System (CIPS) sont des mécanismes mis en place par Afreximbank pour faciliter les échanges et les paiements transfrontaliers sur le continent africain.

L’objectif est de simplifier le règlement des opérations commerciales, aussi bien à l’intérieur de l’Afrique qu’avec le reste du monde, tout en offrant aux banques africaines une solution structurée de correspondance bancaire.

Pourquoi avoir choisi Abidjan pour ce lancement ?

Abidjan occupe une place particulière dans l’histoire d’Afreximbank. C’est en effet dans cette ville qu’a été signé, le 8 mai 1993, l’acte constitutif de la Banque.

Par ailleurs, Abidjan abrite aujourd’hui le bureau régional d’Afreximbank pour l’Afrique de l’Ouest francophone, qui couvre les huit pays de l’UEMOA, ainsi que la Mauritanie et la Guinée.

Il était donc important de réunir dans cette ville les opérateurs économiques de la région afin de leur présenter les solutions AfPay et CIPS. Lors de cet événement, nous avons réuni les banques centrales, les banques commerciales, les associations professionnelles du secteur bancaire, le patronat ivoirien, les représentations diplomatiques ainsi que les opérateurs économiques.

En quoi ces solutions s’inscrivent-elles dans la stratégie globale d’Afreximbank ?

Ces deux solutions participent à la mission d’Afreximbank qui consiste à garantir un meilleur accès aux services financiers pour tous les acteurs économiques africains : entreprises, banques commerciales, institutions financières et particuliers.

Nous avons identifié plusieurs insuffisances dans l’architecture actuelle des paiements internationaux et ces solutions visent précisément à les corriger.

AfPay apporte notamment une réponse aux besoins de correspondance bancaire des banques commerciales africaines. Elle complète la plateforme AFTRAF (Afreximbank Trade Facilitation Programme), qui est spécialisée dans les opérations liées aux crédits documentaires.

AfPay permet ainsi de traiter également les opérations qui ne sont pas adossées à des lettres de crédit, tout en élargissant les possibilités de correspondance bancaire offertes aux banques africaines.

Quel autre avantage présente AfPay ?

AfPay améliore considérablement l’accès des banques africaines aux services de correspondance bancaire, alors même que plusieurs banques internationales se sont progressivement retirées de certains marchés africains.

La plateforme repose sur un dispositif robuste de conformité permettant de vérifier et d’évaluer les risques liés à tous les acteurs intervenant dans les transactions.

Concrètement, lorsqu’un opérateur souhaite effectuer un paiement international, il transmet l’instruction à sa banque. Celle-ci s’appuie ensuite sur AfPay pour exécuter le règlement à l’étranger.

Afreximbank développe également un identifiant unique appelé African Legal Entity Identifier (ALEI). Cet identifiant certifie qu’une entreprise ou une institution a satisfait aux exigences de conformité et peut accéder plus facilement aux opérations financières internationales.

Quel est le rôle du partenariat avec le CIPS ?

Le partenariat avec le CIPS vise à faciliter les règlements internationaux en yuan chinois (RMB). Grâce à cette coopération, les banques africaines pourront accéder plus facilement aux infrastructures de paiement chinoises et traiter les opérations commerciales libellées en monnaie chinoise.

Quel est le lien entre AfPay, CIPS et le PAPSS ?

Ces solutions ne remplacent pas le PAPSS ; elles sont complémentaires. Le PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System) a été développé par Afreximbank avec le soutien de l’Union africaine et du Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Le PAPSS permet aux entreprises africaines de réaliser des transactions transfrontalières directement dans leurs monnaies locales, sans passer systématiquement par le dollar ou l’euro.

Avant le PAPSS, lorsqu’une entreprise nigériane souhaitait payer un fournisseur kényan, la transaction devait généralement passer par plusieurs banques correspondantes internationales et nécessitait des conversions monétaires successives. Cela engendrait des coûts élevés et des délais pouvant atteindre plusieurs jours. Aujourd’hui, grâce au PAPSS, ces règlements peuvent être effectués quasi instantanément.

Quels avantages économiques le PAPSS apporte-t-il à la ZLECAf ?

Le PAPSS est un outil essentiel à la réussite de la ZLECAf. La Zone de libre-échange continentale africaine représente un marché de plus de 1,9 milliard de personnes et un potentiel économique estimé à plus de 3 000 milliards de dollars.

Cependant, le commerce intra-africain ne peut se développer pleinement sans un système de paiement efficace.

Le PAPSS réduit significativement les coûts de transaction, accélère les paiements et limite la dépendance aux devises étrangères.

Comme l’a souligné le Secrétaire général de la ZLECAf, il est difficile de bâtir des chaînes de valeur régionales solides lorsque les règlements doivent systématiquement passer par des monnaies étrangères.

Quel est l’apport du PAPSS en matière de souveraineté financière ?

Le PAPSS renforce la souveraineté financière du continent africain. Pendant longtemps, plus de 80 % des paiements intra-africains transitaient par des infrastructures bancaires situées hors d’Afrique.

Le PAPSS inverse cette logique en créant une infrastructure conçue par les Africains, pour les Africains et régulée par les institutions africaines. Chaque banque centrale signataire devient à la fois agent de règlement et régulateur du système dans son pays.

Quels sont les résultats obtenus jusqu’à présent ?

Le PAPSS est aujourd’hui pleinement opérationnel. À ce jour, 19 pays sont actifs sur la plateforme ; 15 banques centrales ont signé les accords d’adhésion ; environ 160 banques commerciales sont connectées ; plusieurs opérateurs de paiement et fintechs ont rejoint l’écosystème.

Depuis son lancement officiel au Ghana en janvier 2022, le système a connu une croissance rapide.

Quel impact pour les PME africaines ?

Les Petites et moyennes entreprises (Pme) figurent parmi les principales bénéficiaires du PAPSS. Elles peuvent désormais commercer avec leurs partenaires africains sans dépendre du dollar ou de l’euro.

Selon certaines estimations, la dépendance aux devises étrangères coûtait plusieurs milliards de dollars par an aux entreprises africaines.

Le PAPSS réduit ces charges, simplifie les procédures et raccourcit considérablement les délais de règlement.

Une transaction peut aujourd’hui être validée et exécutée en quelques minutes, voire en moins de deux minutes dans certains cas.

Le PAPSS favorise-t-il l’inclusion financière ?

Absolument. Le système contribue à renforcer la confiance entre les acteurs économiques et réduit les coûts d’accès aux services financiers.

De plus, le PAPSS ne se limite pas aux banques commerciales. Grâce à l’intégration des opérateurs de paiement et des fintechs, les utilisateurs de services financiers numériques, notamment les plateformes de mobile money, peuvent également bénéficier de ses avantages.

Quels sont les principaux défis techniques et réglementaires ?

Le PAPSS s’appuie sur les infrastructures déjà existantes dans chaque pays et respecte les réglementations nationales. Les banques centrales jouent un rôle essentiel dans sa gouvernance et sa supervision.

Les banques participantes doivent satisfaire à des exigences strictes en matière de conformité, notamment concernant la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la sécurité des transactions.

Sur le plan technique, le système s’aligne sur les standards internationaux de messagerie financière, notamment la norme ISO 20022.

Peut-on dire que le PAPSS ouvre une nouvelle ère de l’intégration financière africaine ?

Cette nouvelle ère est déjà une réalité. Le PAPSS est opérationnel, actif et en pleine expansion. Il s’intègre dans l’écosystème plus large d’Africa Trade Gateway, une plateforme numérique développée par Afreximbank pour faciliter le commerce et le financement des entreprises africaines.

Le système bénéficie également d’un important mécanisme de soutien financier. Une facilité de liquidité de 3 milliards de dollars a été mise en place afin d’assurer le bon fonctionnement des règlements et de garantir la confiance des différents acteurs.

Le PAPSS n’est donc plus un projet ou une ambition : c’est désormais une infrastructure stratégique au service de l’intégration économique et financière du continent africain.

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