Côte d’Ivoire : L’Église appelle à briser l’indifférence et à restaurer la dignité des détenus

À l’occasion de la fête de la Divine Miséricorde, célébrée le dimanche 12 avril 2026, l’Église catholique en Côte d’Ivoire a commémoré la 16ᵉ édition de la Journée nationale des détenus. Une célébration marquée par un appel fort à la solidarité, à la prière et à une proximité accrue envers les personnes privées de liberté. La messe solennelle s’est tenue à la Paroisse Saint Matthieu de Yopougon Cité Verte, en présence de nombreux fidèles et acteurs de la pastorale carcérale.
Journée nationale des détenus en Côte d’Ivoire

Dans son homélie, le père Germain Kalari, vicaire général de Katiola, a salué les efforts de la commission nationale en charge de la pastorale des prisons, tout en exhortant à aller au-delà de l’assistance matérielle. Pour lui, l’engagement envers les détenus doit avant tout être porté par une foi vivante et agissante. « Ce n’est pas seulement une question de collecte et de distribution de vêtements ; tout commence par la foi », a-t-il insisté, invitant les fidèles à témoigner concrètement de leur solidarité.

Présidant cette célébration, Mgr Jean-Jacques Koffi Oi Koffi a uni sa voix à cet appel, soulignant l’importance d’une communion fraternelle authentique. Le message est clair : partager avec les plus éprouvés est une exigence évangélique, particulièrement en ce temps pascal où les chrétiens sont appelés à incarner l’espérance du Christ ressuscité.

Prenant la parole à l’issue de la messe, Mgr Bruno Essoh Yédoh, président de la Commission épiscopale pour la pastorale sociale, a rappelé la portée spirituelle de cette journée. S’appuyant sur la parole du Christ « J’étais en prison et vous m’avez visité », il a exhorté les fidèles et les personnes de bonne volonté à ne pas oublier les détenus, mais à les accompagner par la prière et des actions concrètes. Cette initiative de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire se veut ainsi une interpellation collective à plus d’humanité.

Dans le prolongement de cette célébration, une délégation conduite par le père Norbert-Éric Abékan s’est rendue au Pôle pénitentiaire d’Abidjan, la plus grande maison d’arrêt du pays. Cette visite pastorale a été marquée par des moments de prière, d’écoute et de réconfort. « Derrière ces murs se trouvent des personnes humaines qui ont besoin d’amour », a rappelé le responsable de la sous-commission Justice, Paix et Environnement, invitant la société à dépasser les stigmates liés à la condition carcérale.

Sur le terrain, la réalité reste préoccupante. Le père George Yobouet, aumônier de la pastorale des prisons du diocèse de Yopougon, a mis en lumière les conditions de détention difficiles, caractérisées par la promiscuité et le manque de ressources essentielles. Accès à l’eau potable, soins de santé et alimentation demeurent des défis majeurs pour les détenus.

Selon le ministère ivoirien de la Justice et des Droits de l’homme, la population carcérale est estimée à environ 27 000 détenus pour une capacité d’accueil de 13 000 places réparties dans 41 établissements pénitentiaires. Une surpopulation qui souligne l’urgence de renforcer les actions en faveur de l’humanisation des prisons et de la réinsertion sociale.

À travers cette journée, l’Église réaffirme son engagement à accompagner les détenus, tout en appelant l’ensemble de la société à poser un regard plus humain et solidaire sur ces hommes et ces femmes en quête de rédemption.

(FRATMAT)

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