PND 2026-2030/Le pari du financement privé: 28 244 milliards Fcfa du Cepici, le test grandeur nature de l’attractivité ivoirienne
Le chiffre impressionne. En mobilisant 28 244 milliards de Fcfa d’intentions d’investissement, le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (Cepici) ne signe pas seulement une performance institutionnelle.
Il confirme que, pour financer le Plan national de développement (Pnd) 2026-2030, la bataille se jouera avant tout sur la capacité du pays à convaincre les investisseurs privés. Derrière cette annonce se dessine une transformation profonde de la stratégie ivoirienne de promotion des investissements.
Le Groupe consultatif organisé par le ministère du Plan et du Développement aura marqué un tournant. Après les 47 820 milliards de Fcfa annoncés par les partenaires techniques et financiers en faveur des projets publics prioritaires, la seconde séquence consacrée au secteur privé était observée avec une attention particulière. L’enjeu dépassait la simple collecte d’engagements financiers, il s’agissait de mesurer la crédibilité de la Côte d’Ivoire auprès des investisseurs appelés à financer plus de 70 % du Pnd.
Dans cette architecture, le Cepici s’est imposé comme la cheville ouvrière de la mobilisation. Grâce à plusieurs mois de prospection internationale, de roadshows, de rencontres d’affaires et de consultations avec des banques d’investissement et des fonds spécialisés, l’agence a recueilli 79 expressions d’intérêt, dont 72 lettres d’intention fermes. Un portefeuille qui représente près de 49,2 milliards de dollars d’investissements potentiels.
Au-delà du volume annoncé, la répartition des intentions traduit la diversité des opportunités offertes par l’économie ivoirienne. Plus de 21 064 milliards de Fcfa concernent des projets portés par les ministères et les structures publiques, tandis que 7 179 milliards de Fcfa ciblent des initiatives privées accompagnées directement par le Cepici.
L’énergie, les hydrocarbures, les mines, les infrastructures, le numérique, l’agriculture, l’agro-industrie, la santé, le logement, les transports, le tourisme ou encore l’économie maritime figurent parmi les secteurs les plus recherchés.

Cette diversification constitue un signal important. Elle montre que les investisseurs ne perçoivent plus la Côte d’Ivoire uniquement comme une économie agricole ou un marché de consommation, mais comme une plateforme régionale capable d’offrir des projets structurants dans des secteurs à forte valeur ajoutée.
Le véritable enseignement réside toutefois dans l’évolution du rôle du Cepici. Longtemps assimilées à des guichets administratifs chargés d’informer et d’orienter les investisseurs, les agences de promotion changent aujourd’hui de dimension. Le Cepici agit désormais comme un architecte de l’investissement. Il identifie les opportunités, rapproche les porteurs de projets des bailleurs de fonds, prépare les missions économiques, accompagne les administrations sectorielles et construit un dialogue permanent avec les investisseurs internationaux.
Cette montée en gamme répond directement aux exigences du nouveau Pnd. Évalué à 114 840 milliards de Fcfa, le Programme de développement national prévoit que 70,2 % de son financement, soit près de 80 600 milliards de Fcfa, proviennent du secteur privé. Une ambition qui oblige l’État à aller bien au-delà des mécanismes traditionnels de financement public.
Pour autant, ces annonces ne constituent pas une victoire définitive. Les intentions d’investissement ne produisent d’effets économiques que lorsqu’elles se transforment en usines, infrastructures, centrales énergétiques, plateformes logistiques ou entreprises créatrices d’emplois. Le véritable défi commence donc après le Groupe consultatif.
La rapidité des procédures administratives, la sécurité juridique, la qualité des infrastructures, la stabilité du cadre réglementaire ainsi que le suivi personnalisé des investisseurs seront déterminants pour convertir ces engagements en réalisations concrètes. C’est sur cette capacité d’exécution que sera jugée la crédibilité de la stratégie ivoirienne.

Dans un contexte où les économies africaines rivalisent pour attirer les capitaux internationaux, les 28 244 milliards de Fcfa mobilisés par l’institution de promotion des investissements constituent néanmoins un indicateur fort. Ils témoignent de la confiance des investisseurs dans les réformes engagées par la Côte d’Ivoire et confortent le positionnement du pays comme l’une des principales destinations d’investissement en Afrique de l’Ouest.
Au fond, le véritable succès du Cepici ne réside pas seulement dans le montant annoncé. Il se mesure à sa capacité à faire évoluer la diplomatie économique ivoirienne, en passant d’une logique de promotion à une logique de mobilisation stratégique des capitaux.
Si cette dynamique se traduit par des investissements effectifs, le Groupe consultatif du Pnd 2026-2030 pourrait apparaître, avec le recul, comme le moment où la Côte d’Ivoire a franchi un nouveau cap dans sa politique d’attractivité économique.
SOURCE : Fratmat