Souveraineté financière : L’Afrique lance son propre mécanisme pour financer ses infrastructures

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Addis-Abeba, 25 février 2026 – L’Afrique franchit une étape décisive vers son autonomie financière. Les Chefs d’État et de gouvernement ont officiellement lancé, le 14 février 2025, le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF), une plateforme continentale destinée à accélérer la préparation et le financement des grands projets d’infrastructures transfrontaliers, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

L’annonce a été faite à l’occasion du Troisième Dialogue présidentiel de haut niveau de l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), organisé en marge du 39e Sommet de l’Union africaine, sous le thème : « Renforcer l’architecture financière de l’Afrique pour financer l’Agenda 2063 ».

Placée sous le patronage du Président ghanéen John Dramani Mahama, Champion de l’Union africaine pour les institutions financières, la rencontre a réaffirmé la volonté politique des dirigeants africains de transformer l’ambition de souveraineté financière en mécanismes opérationnels capables de mobiliser des capitaux à long terme.

Un défi de financement toujours pressant

Malgré ses importantes ressources, le continent reste confronté à des contraintes structurelles : fragmentation des marchés de capitaux, coût élevé du capital, accès limité aux financements de long terme et dépendance à des systèmes financiers extérieurs souvent peu adaptés aux réalités africaines.

Pourtant, selon le Président Mahama, « l’Afrique dispose de réserves de capitaux nationaux dépassant 2 500 milliards de dollars US ». Le véritable défi, a-t-il souligné, réside dans la capacité à orienter stratégiquement ces ressources vers les infrastructures, l’industrialisation et la création d’emplois, piliers de l’Agenda 2063 et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La Commissaire de l’Union africaine en charge du développement économique, Mme Francisca Tatchouop Belobe, a rappelé que le déficit annuel de financement des infrastructures est estimé à environ 221 milliards de dollars sur la période 2023-2030. Pour elle, le lancement de l’AIFF illustre « ce qui peut être accompli lorsque la volonté politique et la coordination institutionnelle convergent ».

Combler l’écart entre ambition politique et exécution financière

Au cœur des discussions : la nécessité de surmonter les blocages qui freinent la concrétisation des projets. Nombre d’initiatives d’infrastructures restent en suspens en raison d’une préparation insuffisante, d’un manque de structuration financière ou d’un mauvais alignement avec les exigences des investisseurs de long terme.

Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, a souligné que l’AIFF vise précisément à corriger ce décalage entre validation politique et mise en œuvre financière. En mutualisant expertises, bilans et cadres de gestion des risques, les institutions africaines entendent passer d’interventions isolées à une approche coordonnée capable de mobiliser des capitaux à grande échelle.

L’AIFF, fruit d’un accord de coopération entre l’AUDA-NEPAD et l’AAMFI, se veut ainsi un mécanisme structuré, piloté par l’Afrique, pour accélérer la préparation des projets prioritaires et faciliter un engagement indicatif sur leur financement.

Une architecture financière africaine en construction

L’Alliance des institutions financières multilatérales africaines, qui regroupe douze institutions représentant plus de 70 milliards de dollars d’actifs combinés, joue un rôle central dans cette dynamique. Son président sortant, Samaila Zubairu, a insisté sur l’importance d’une mobilisation coordonnée des capitaux africains afin de combler les déficits en matière de commerce, d’investissement et d’infrastructures.

Le Dialogue s’est conclu par un geste symbolique fort : le dépôt par le Cameroun de l’instrument de ratification du Protocole et des Statuts du Fonds monétaire africain (FMA). Cette avancée renforce les efforts visant à rendre pleinement opérationnelles les institutions financières de l’Union africaine, destinées à promouvoir la stabilité macroéconomique et la coopération monétaire entre États membres.

Avec le lancement de l’AIFF, l’Afrique affiche clairement son ambition : bâtir une architecture financière cohérente, capable de soutenir durablement son développement et de transformer son potentiel en prospérité partagée.

 

 

 

SOURCE : Fratmat

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