À l’approche du mois de Ramadan 2026, le gouvernement algérien a renforcé son dispositif de contrôle des marchés, illustrant une nouvelle fois une gestion économique fondée sur l’urgence, la surveillance et l’intervention directe de l’État.
À un peu plus d’un mois du Ramadan, les autorités algériennes ont annoncé la mise en place d’une commission multisectorielle rattachée au cabinet du Premier ministre, chargée de suivre l’approvisionnement du marché national et la stabilité des prix durant le mois sacré. La décision a été actée à l’issue d’une réunion interministérielle présidée par le chef du gouvernement Sifi Ghrieb, conformément aux instructions du président Abdelmadjid Tebboune, selon un communiqué officiel.
L’objectif affiché est d’assurer la disponibilité continue des produits de large consommation – fruits et légumes, viandes rouges et blanches, denrées de première nécessité – et d’éviter les tensions récurrentes sur les marchés observées à chaque période de forte demande. Des mesures spécifiques ont également été arrêtées pour garantir la disponibilité de la liquidité, notamment dans les bureaux d’Algérie Poste et aux guichets automatiques, traditionnellement saturés durant le Ramadan.
Sur le papier, le dispositif se veut exhaustif. Dans les faits, il illustre surtout la persistance d’un modèle économique administré, où la stabilité des prix repose moins sur le fonctionnement normal des chaînes de production et de distribution que sur des mécanismes de surveillance, de contrôle et d’injonctions centralisées. La création d’une « tour de contrôle » au sommet de l’exécutif traduit une approche conjoncturelle, répétée chaque année, sans traitement structurel des déséquilibres du marché.
Car derrière la mobilisation officielle se profile un constat récurrent : l’économie algérienne demeure vulnérable aux chocs saisonniers. La hausse cyclique des prix durant le Ramadan révèle des failles profondes – dépendance aux importations, faiblesse de la logistique agricole, circuits de distribution fragmentés et poids de l’informel – que les commissions ad hoc peinent à corriger durablement.
Le gouvernement met en avant une série de mesures sociales, dont une prime de solidarité numérisée et une coordination renforcée des actions sociales. Si ces initiatives visent à atténuer l’impact du Ramadan sur le pouvoir d’achat, elles s’inscrivent davantage dans une logique de compensation que dans une stratégie de création de richesse ou de régulation pérenne des marchés. La numérisation annoncée améliore la traçabilité, mais ne remplace pas une réforme en profondeur des mécanismes de subventions et de formation des prix.
Depuis sa nomination, l’exécutif conduit par Sifi Ghrieb a fait du Ramadan un test politique et social majeur. Mais cette anticipation, présentée comme un acte de bonne gouvernance, souligne aussi l’incapacité chronique de l’économie à absorber une hausse prévisible de la demande sans intervention directe de l’État. Gouverner, ici, consiste moins à prévoir qu’à contenir.
SOURCE:APANews