Opposition ivoirienne : Léthargie ou stratégie ?

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Les cris d’orfraie qui avaient parfois effrayé les Ivoiriens, lors de la présidentielle d’octobre 2025, ont baissé en ton. Et le régime de la fronde contre le régime du Président Ouattara connaît une baisse de régime.
Après le front du refus, le front du silence ? C’est le calme plat chez les opposants ivoiriens. Front populaire ivoirien (Fpi), Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (Ppa-CI), Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Mouvement des générations capables (Mgc), Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), Parti Ivoirien des Travailleurs (Pit) …

Les partis politiques ont comme baissé le ton ou calmé le front. Pas de conférences, encore moins, des manifestations. Les concurrents au pouvoir du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) se muent en silence. L’on assite à une baisse de régime des opposants face au régime.

Chez certains, c’est une phase d’implantation. Chez d’autres, on semble s’être mis en vacances après la présidentielle.

Au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) présidé par Tidiane Thiam, les clashs, notamment les désertions au sein du groupe parlementaire, font davantage parler d’eux. Les prises de position sur la gouvernance se font plutôt attendre et pas entendre pour le moment au sein du parti bientôt octogénaire, occupé, sans doute, à contenir des luttes internes entre pro-Thiam et anti-Thiam.

Comme épuisée par la longue campagne présidentielle du 25 octobre 2025, l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, est comme en vacances. La présidente du Mgc, qui a investi d’importances ressources de la sagacité qu’on lui connaît, dans son audace contre le régime, se donne un temps de repos pour reprendre des forces. Le ring politique requérant à la fois des ressources morales, physiques, financières et en troupes.

 

Les anciens dirigeants du Fpi se sont dispersés par la forces des choses. Ils tiennent chacun son étendard dans l'opposition.
Les anciens dirigeants du Fpi se sont dispersés par la forces des choses. Ils tiennent chacun son étendard dans l'opposition.

Au Cojep, les maîtres-mots sont : organisation et planification. Le samedi 31 janvier 2026, l’Union des femmes du Cojep (Uf Cojep) a tenu son assemblée générale ordinaire au siège de ce parti à Abidjan. Sans bruit, le mouvement pro-Gbagbo apparu en 2001, devenu un parti en 2015, poursuit sa phase d’implantation. Son leader, Blé Goudé, sillonne quelques contrées du pays profond pour renouer avec le terrain.

Même son de cloche au Ppa-CI où la ligue des jeunes d’Hubert N’Drin James a investi, mi-mars, plusieurs localités du pays et confier aux camarades des fédérations la mission d’éveiller et de réveiller « le militantisme au sein du parti ». Le Congrès du Ppa-Ci prévu le 15 mai, vise d’ailleurs à « remettre la machine en marche ».

La décision de tenir un congrès mi-mai a été cependant décidé très discrètement lors d’un huis clos qui a réuni en janvier 2026, les cadres autour de l’ancien Président de la République, Laurent Gbagbo. La sortie des troupes du Ppa-CI du contingent du Fpi a sensiblement affecté la marche en avant du bataillon frontiste, aujourd’hui dirigé par l’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’guessan.

Du front du refus, au front du silence

Lui-même ancien maire de Bongouanou, ce dernier qui, plus par stratégie que par conviction idéologique, s’était risqué à une alliance avec le parti au pouvoir aux municipales de 2023, n’a pas fait un excellent score au scrutin. Et il semble, depuis lors, en passe de connaître une descente aux enfers.

Stratégie ou léthargie ? L’on avait cru à un réel sursaut politique avec la création de la coalition inédite dite le « Front du refus » en 2025, entre le Ppa-CI et le Pdci. Le front du refus est apparu sur la scène comme un alliage des contraires, avec un Ppa-CI issu du Fpi qui a longtemps marché dans la radicalité voire dans la violence (notamment dans les années 1990) et un Pdci, parti historique, réputé conciliant et abonné au dialogue.

Par la dénomination de « front du refus », cette coalition qui, hélas, a tourné court, rappelait la nature un peu brutale et frontale des assauts politiques du Fpi d’où est issu le Ppa-CI.

Les anciens compagnons Blé Goudé, ex-leader des jeune du temps de la galaxie patriotique et Affi ex-chef du gouvernement sous Laurent Gbagbo.
Les anciens compagnons Blé Goudé, ex-leader des jeune du temps de la galaxie patriotique et Affi ex-chef du gouvernement sous Laurent Gbagbo.

Né au lendemain de la marche du 11 octobre 2025, marche interdite par arrêté préfectoral et dispersée par les forces de l’ordre à Abidjan, le « front du refus » avait annoncé « des mobilisations tous les jours sur l’ensemble du territoire national ».

Finalement, le mariage entre la fougue du Woody de Mama et le tempérament de négociateur de Tidiane Thiam a fini en flop. Entre les deux anciens partis au pouvoir, les feux de l’amour ont fait long feu. Le maillage territorial attendra.

Le divorce est survenu deux mois seulement après, lors des législatives de décembre de 2025. Tidjane Thiam y participe. Laurent Gbagbo boycotte. Le patron du Ppa-CI refuse de « couvrir la forfaiture ». Il réclame des « conditions d’élections crédibles ». Le vieux parti obtiendra une trentaine de députés, soit la moitié du nombre de ses sièges dans la législature précédente. Le Ppa-CI, lui, passe de 18 sièges à rien. Pis, le parti de Gbagbo enregistre des dissidences avec la participation à ces législatives de 22 dignitaires. Ceux-ci seront d’ailleurs radiés sans ménagement de la formation, pour insubordination à la ligne.

D’autres coalitions sont mortes de leur belle mort, emportées par les contradictions idéologiques ou les querelles d’ego entre leurs leaders. C’est le cas de Ensemble pour la démocratie et le socialisme (Eds) mise sur pied en 2017 par Aboudramane Sangaré autour du Fpi.

Fondé par Laurent Gbagbo en 2018 pour protester contre une nouvelle candidature du Président Alassane Ouattara, le mouvement « Trop c’est trop » dirigé par le président du Parti ivoirien des travailleurs (Pit), Daniel Aka Ahizi, est devenu invisible et inaudible, s’étant sans doute retiré de la scène, au lendemain de la présidentielle d’octobre 2025.

L'ancien président Laurent Gbagbo à nouveau dans l'opposition écrit les pages d'une nouvelle vie
L'ancien président Laurent Gbagbo à nouveau dans l'opposition écrit les pages d'une nouvelle vie

L’alliance Ensemble pour bâtir (Epb), lancée dans le cadre des élections de 2021 et rassemblant le Fpi et l’Union pour la démocratie et la paix (Udpci) n’a pas vécu au-delà des élections, à l’image des autres regroupements ou tentatives de rapprochement.

Les divisions au sommet des bataillons politiques ont souvent fragmenté la base.

Le Rhdp, lui, regroupe officiellement, le Rassemblement des républicains (Rdr), l’Udpci et le Mfa. Avec ses 197 députés sur les 223, il domine un peu plus des trois quarts de l’hémicycle ivoirien. Un nouveau cycle ?

 

 

SOURCE : Fratmat

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