Les chiffres donnent froid dans le dos. La Côte d’Ivoire enregistre plusieurs milliers d’accidents chaque année. En 2024, plus de 12 000 accidents ont été enregistrés, causant près de 1 300 décès et des milliers de blessés.
Les victimes de la route sont estimées entre 1 000 et 1 500 morts par an, ce qui fait du pays l’un des plus touchés de la région. Pour les seuls premiers 45 jours de cette année 2026, 519 accidents. Le gouvernement vient d’appuyer sur le klaxon.
La route précède le développement. C’est connu et admis de tous. Le gouvernement ivoirien met du prix à rendre le déplacement des personnes et des biens fluide et efficace.
Depuis une quinzaine d’années, les réalisations en infrastructures routières enregistrent une percée fulgurante et remarquable. Aux grands axes verticaux, du Sud vers le Nord, l’État développe davantage les liaisons horizontales, de l’Est à l’Ouest.
Les grands ouvrages à architecture futuriste font la fierté de la capitale économique, Abidjan et des grandes villes de l’intérieur du pays. Le troisième pont d’Abidjan avec son joyau d’échangeur à trois niveaux à Marcory, le quatrième pont et le pont à haubans lumineux Alassane Ouattara, sans oublier le complexe routier Akwaba de Port-Bouët, sont les témoins abidjanais de l’embellie infrastructurelle de la Côte d’Ivoire.
Le prolongement de l’autoroute du Nord à Bouaké, puis bientôt à la frontière nord, les voies triomphales à l’entrée de dans chaque ville, les nombreuses réalisations à l’intérieur même donnent au pays un argument économique solide pour attirer les investisseurs.
Ce beau maillage routier est malheureusement freiné par un phénomène malheureux. Les accidents routiers en Côte d’Ivoire. Un phénomène qui a pris une vitesse vertigineuse en ce début d’année 2026. C’est le ministère des Transports qui sonne l’alerte, le vendredi 13 février dernier.
En seulement un mois et demi, les chiffres sont alarmants. 519 accidents en six semaines à peine. Ces collisions ont entraîné 1 923 blessés. Malheureusement, 164 personnes ont perdu la vie au cours de ces accrochages. Soit une moyenne de quatre tués par jour sur la période considérée.
En outre, les accidents routiers ont un coût significatif pour l’économie ivoirienne. Il est estimé à environ 3 à 7 % du Produit intérieur brut (Pib), chaque année. Tout cela est triste, macabre et interpelle. En premier, le gouvernement, en toute responsabilité, a automatiquement annoncé des mesures pour arrêter l’hémorragie. Il faut tirer le frein à main de la sécurité sur les routes.
Depuis deux semaines, la police et la gendarmerie ont investi les voies à grande circulation. Pour renforcer le dispositif déjà en place, avec les contrôles de routine et les actions de l’Unité de régulation de la circulation (Urc).
Les causes des infractions sont connues. Commençons par les moins dangereuses. L’état des routes, les défaillances mécaniques des véhicules et les conditions difficiles de conduite. A savoir la conduite de nuit, le mauvais éclairage et les zones dangereuses. Ces facteurs ne représentent que 5% des causes d’accidents dans le pays. 95% des facteurs à la base de ce drame sont liés à l’homme.
L’Office de sécurité routière établit clairement que la grande majorité des accidents est due à des comportements humains. Citons en quelques-uns. L’excès de vitesse, le non-respect du code de la route, l’absence de casque ou de ceinture de sécurité, l’usage du téléphone au volant, la conduite en état d’ébriété et l’incivisme en général. Ce qui se caractérise par le non-respect des feux tricolores, les dépassements dangereux, etc.
A ces facteurs, il faut ajouter la courtoisie. Premier cas. Combien sommes-nous à faciliter la conduite à un autre automobiliste ? Lorsqu’un chauffeur exerce une manœuvre délicate, personne n’est prêt à lui accorder ne serait-ce que quelques secondes, pour qu’il achève son opération.
Deuxième cas. Il arrive que nous soyons prioritaires à un carrefour. Mais la densité de la circulation nous empêche de continuer dans le sens qui nous intéresse. De l’autre côté, à gauche ou à droite, la file de voitures a pourtant la facilité de circuler, donc de se dégager.
Dans bien des cas, on préfère occuper le petit espace qui nous sépare de la voiture précédente que de laisser passer les véhicules qui viennent de notre gauche et qui ont la possibilité de circuler. Créant des engorgements inutiles.
Dans un bouchon, tout le monde exploite le petit espace qui se trouve devant lui. Sans réfléchir à ce qu’il pourrait faire à son niveau, pour débloquer la situation. Tout le monde est pressé. Surtout les chauffeurs de véhicules commerciaux (taxis, yango, gbakas).
Aucune patience. Il ne faut pas oublier qu’il est mieux de perdre une minute dans la vie que de perdre la vie en une minute. Les motocyclistes, de plus en plus nombreux à Abidjan, ne peuvent être épargnés dans cette analyse. Eux qui surgissent de nulle part et sans précaution, passent devant vous ou vous surprennent au moment de tourner.
Un autre facteur à considérer, l’âge et l’immaturité des chauffeurs. De plus en plus d’automobilistes sont jeunes. Ils manquent d’expérience. Ils manquent de sagesse. Pour eux, appuyer sur l’accélérateur est synonyme de course de vitesse. Ils ne se soucient guère de leur vie, encore moins de celle des passagers qu’ils ont en main.
Pourtant, c’est toute une responsabilité. Il y a un travail à faire à ce niveau : la culture de la route. Prenant en compte le comportement humain sur nos routes. Les auto-écoles doivent l’ajouter à leurs enseignements. Car, bonne arrivée, c’est mieux que bonne guérison.
SOURCE : Fratmat