
L’opération américano-israélienne contre l’Iran lancée samedi est d’une « tout autre échelle » que lors de la guerre déclenchée en juin dernier par Israël, a déclaré le chef d’état-major israélien. Cette fois, il s’agit de renverser la République islamique, au pouvoir depuis 1979 à Téhéran. Décryptage avec Joseph Bahout.
Les États‑Unis et Israël ont mené, samedi 28 février, une série de frappes contre l’Iran. La République islamique a répliqué par des tirs de missiles, faisant craindre une nouvelle escalade dans la région.
Des explosions ont été signalées dans plusieurs villes du Golfe abritant notamment des bases américaines, et de nombreux pays de la région ont fermé leur espace aérien, entraînant des annulations de vols en série en provenance et à destination du Moyen-Orient.
Le régime iranien a-t-il les capacités de tenir ? Décryptage avec Joseph Bahout, professeur de sciences politiques et directeur de l’Institut Issam Fares de politiques publiques et d’affaires internationales à l’Université américaine de Beyrouth.
France 24 : La riposte iranienne à cette opération majeure d’Israël et des États-Unis ne s’est pas fait attendre ?
Joseph Bahout : Elle a été très rapide et c’est une des différences majeures avec la séquence de juin 2025 [la guerre dite « des 12 jours » entre Israël et l’Iran, NDLR]. C’était plus ou moins attendu. Il y a quelques semaines déjà, l’Iran, mais aussi ses alliés dans la région, ont envoyé plusieurs signaux indiquant que toute frappe serait considérée comme le début d’une guerre régionale. Au Liban, le Hezbollah avait prévenu que si, cette fois, c’était le régime qui était menacé, alors la région entière serait prise dans le feu iranien. Je crois que Téhéran a très vite compris la teneur du message délivré par le président américain Donald Trump ce matin. Un message dans lequel les buts de guerre ne sont pas limités cette fois-ci à ramener l’Iran à la table des négociations. C’est plus largement l’existence même du régime qui est en jeu. Il l’a dit. Et les frappes américaines le montrent, puisqu’il y a un ciblage de l’élite politique et militaire iranienne.
Jusqu’ici, presque tous les pays du Golfe ont été atteints : le Qatar, le Koweït, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie. Et je crois aussi que le Liban va rentrer dans ce cycle-là. On est dans une séquence beaucoup plus large que celle de 2025. Reste à savoir si on est dans quelque chose de définitif.
Voyez-vous une différence entre la prise de parole de Donald Trump et celle de Benjamin Netanyahu ?
Ce qui est frappant dans le discours de Donald Trump, c’est qu’il remonte dans la liste des comptes à régler avec l’Iran au début de la révolution islamique iranienne, en 1979, puisqu’il a rappelé la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran. Il évoque ensuite le très grand contentieux qui avait été un peu oublié entre les États-Unis et l’Iran, celui des attaques de 1983 contre l’ambassade américaine au Liban et contre les Marines à Beyrouth, qui avaient aussi fait des morts parmi les parachutistes français. On a l’impression que cette fois, Donald Trump est en train de régler l’ensemble de ces comptes. La différence avec juin 2025, c’est qu’il s’agissait d’une guerre israélienne contre l’Iran, les États-Unis n’étant intervenus qu’au dixième jour pour y mettre fin. Là, c’est une guerre américaine.

SOURCE: FRANCE 24