Sénégal : Dakar coincé entre lutte contre l’inflation et exigences du Fonds monétaire international

Plus de 200 personnes ont marché samedi 5 septembre 2026, à Dakar contre la vie chère. La mobilisation prolonge la campagne « 30 jours pour le juste prix », portée depuis début septembre par des influenceurs et des citoyens qui filment leurs courses pour dénoncer une hausse généralisée des biens et services. Pour les autorités sénégalaises, freiner l’inflation relève d’une équation d’autant plus complexe que les probables coupes budgétaires liées l’imminent programme économique avec le Fonds monétaire international (Fmi) pour constituer un obstacle sérieux.
La complexité de la situation économique réside dans plusieurs facteurs dont la place écrasante des importations de denrées alimentaires qui laissent peu de marges de manœuvre au gouvernement. Les autorités doivent concilier crédibilité budgétaire vis-à-vis du Fmi et apaisement social. Sans résultats visibles sur le panier de la ménagère, les mesures d’austérité risquent d’alimenter davantage la grogne.
En effet, le Sénégal importe plus de 50% de sa consommation alimentaire et dépend du carburant. Avec des cours mondiaux élevés et un franc CFA arrimé à l’euro, l’État ne contrôle pas le coût d’achat. Subventionner davantage les denrées de base et les hydrocarbures serait la réponse sociale immédiate, mais elle coûterait des centaines de milliards au budget.
La contrainte du programme avec le Fmi, : c’est ici que le bât blesse. Dans le cadre de son programme avec l’institution financière, le Sénégal s’est engagé sur un assainissement budgétaire : réduction du déficit, rationalisation des subventions et maîtrise de la masse salariale. Toute nouvelle dépense sociale d’ampleur pour bloquer les prix doit donc être compensée par des coupes ailleurs. Or ces coupes budgétaires potentielles – sur l’investissement public, les recrutements ou certaines subventions – sont perçues par la population comme une aggravation de la crise. Le gouvernement se retrouve pris entre l’exigence des bailleurs et la colère de la rue.
À ces obstacles s’ajoutent le contrôle des prix difficile et une contestation. Dans les marchés, dominés à 80% par l’informel, l’État peine à faire appliquer les prix plafonds. Les marges des intermédiaires et le coût du transport annulent souvent les efforts. En parallèle, la contestation s’organise hors des canaux classiques. Avec les vidéos virales, la pression est immédiate et non négociable, ce qui complique le dialogue.

Comments (0)
Add Comment