Portrait/Cinéma : O. Assi, filmer pour réparer les blessures

Chez Ohouot Assi, le cinéma n’est ni un divertissement facile ni une posture esthétique. C’est une nécessité. Une réponse. Réalisateur, scénariste et producteur, il appartient à cette génération de créateurs africains façonnée par les fractures sociales, politiques et culturelles du continent. « Mon cinéma est un cinéma d’éveil des consciences et de guérison », affirme-t-il dans le numéro 33 de Cinelifes Magazine, posant d’emblée les fondations de son engagement artistique.

Très tôt, l’écriture devient son refuge et son arme. En classe de 6ᵉ, il signe des textes engagés sur la ségrégation raciale, avant d’imaginer un premier scénario consacré à la révolte des Abbeys de 1910. Après le baccalauréat, tandis que beaucoup empruntent des voies classiques, le jeune Assi choisit le risque et rejoint l’Unité de formation et de recherche en information, communication et arts (Ufrica) de l’Université de Cocody, au département des arts du spectacle. Là, au contact de figures majeures comme Fadika Kramo Lanciné, Kitia Touré ou Idriss Diabaté, il forge son regard et découvre les œuvres fondatrices du cinéma ivoirien.

Avec « Taxi Warren », long métrage indépendant sorti en salles, il impose une écriture lucide, miroir des tensions sociales, notamment celles du secteur des transports. Suivent les séries « Le Projet », « Le Syndicat de Nouka » et « Amlan », plongées sensibles dans la précarité des jeunes diplômés, les luttes des travailleuses domestiques et les conflits familiaux.

Fondateur d’Incrust’, filiale du groupe Gnanzouky Participations, O. Assi développe une production rigoureuse et créative, ancrée dans les réalités africaines contemporaines.

Une œuvre saluée par les festivals

Le parcours d’O. Assi est également marqué par plusieurs distinctions majeures. En 2023, « Taxi Warren » remporte le Prix de la meilleure fiction Babiwood au Festilag, tandis que son interprète principal, Axel Trésor, est sacré Meilleure interprétation masculine à la Nuit ivoirienne du septième art et de l’audiovisuel (Nisa).

En 2025, la série intitulée « La Coach » confirme cette reconnaissance avec le Prix de la meilleure interprétation masculine décerné à Ray Reboul dans le rôle de Claude Egnan, à la Nisa ; une mention spéciale du jury au Mashariki African Film Festival de Kigali pour sa qualité esthétique et son récit inspirant, ainsi que plusieurs distinctions au Festival Bangui fait son cinéma, dont le Bantu d’Argent de la meilleure série et le Prix de la meilleure image. Le long métrage « Amlan » y décroche également le Bantu de Bronze.

Son fil rouge reste l’humain : des personnages habités par des rêves plus grands qu’eux, avançant avec résilience dans une société en crise, mais riche en valeurs. Avec « La Coach », une série de 26 épisodes diffusée tous les dimanches à 20 h 50 depuis le 25 janvier 2026 sur la Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti) précisément sur la première chaîne, il interroge l’influence numérique, la quête de reconnaissance et la violence psychologique, sans jamais renoncer à l’empathie.

Pour O. Assi, le cinéma est une force de transformation : « raconter nos histoires avec sincérité, toucher là où ça fait mal, pour mieux ouvrir un chemin vers l’avenir ».

 

SOURCE : Fratmat

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