Portrait : Aminata Traoré, la voix qui brûle les silences

Dans son regard, une détermination tranquille ; dans sa parole, une chaleur qui désarme. Aminata Traoré, connue sous le nom d’Hamitraoré, porte en elle les cicatrices invisibles d’un combat qu’elle mène depuis plus de vingt ans.

Ce combat est celui contre les violences faites aux femmes, et en particulier les mutilations génitales féminines. Femme de cœur, mais aussi de profonde conviction, elle a renoncé à un avenir dans la magistrature pour se jeter, sans filet, dans l’activisme social. Depuis, elle avance avec la certitude que chaque femme sauvée de la violence est une victoire arrachée à l’injustice.

Son histoire d’engagement commence en 2005, lorsqu’elle rejoint l’Ong Organisation nationale pour l’enfant, la femme et la famille (Onef). À l’époque, elle n’est encore qu’une jeune militante, mais déjà, la défense des droits des femmes et des enfants s’impose à elle comme une évidence.

Dans les zones de conflit où elle intervient, elle rencontre des femmes brisées, des enfants traumatisés et des communautés fragilisées. Elle travaille à la réinsertion sociale et économique de celles qui survivent aux violences et renforce les capacités locales pour un changement durable. Ces terrains difficiles, dit-elle, ont forgé sa force et sa lucidité.

En 2013, Aminata rejoint le Conseil danois pour les réfugiés (Drc), où elle se consacre à la mise en œuvre de projets visant à soutenir le système de protection de l’enfance en Côte d’Ivoire. Un tournant international qui élargit son champ d’action et donne plus d’ampleur à son expertise.

Mais derrière les institutions, ce sont toujours les visages qui la poussent à continuer : ceux des femmes qui lui confient leur douleur, ceux des jeunes filles qui veulent croire en une autre vie, ceux des communautés prêtes à évoluer malgré la lourde inertie des traditions.

Aujourd’hui, son combat s’articule autour de deux axes majeurs : la sensibilisation des jeunes et l’autonomisation des femmes. Pour elle, la bataille se gagne toujours par l’éducation. À travers la Fondation Gnitéfor, qu’elle a créée en 2012, Aminata organise des conférences, des échanges villageois et des cercles de parole, autant d’espaces où les femmes apprennent à se relever, à entreprendre et à s’exprimer. Car donner une voix aux victimes, rappelle-t-elle souvent, c’est déjà les aider à reprendre le contrôle de leur existence.

Aminata Traoré n’aime pas le mot « héros ». Elle préfère celui de « transmetteur ». Transmettre la force, transmettre l’audace, transmettre l’idée simple mais puissante que chaque femme peut devenir actrice de sa vie. Ses actions, souvent menées loin des caméras, façonnent pourtant un mouvement profond : celui d’une société ivoirienne qui regarde ses blessures en face pour mieux les guérir.

En 2018, sa participation au Prix franco-allemand des droits de l’homme la place sous les projecteurs internationaux. Mais sa notoriété, elle l’accueille avec la même humilité que ses victoires quotidiennes dans les villages. Pour elle, le vrai succès n’est pas d’être applaudie, mais de voir une jeune fille dire non à la violence ou une femme se relever après des années de silence.

Aminata Traoré est de ces voix qui ne s’éteignent pas. Une femme qui transforme la douleur en action, l’indignation en solutions, la parole en arme de libération. Une femme qui, chaque jour, brandit son « couteau brûlant », non pas pour blesser, mais pour trancher les liens de la peur, de l’ignorance et de la fatalité.

 

 

SOURCE : Fratmat

Comments (0)
Add Comment