Performance économique : Ces investissements qui positionnent l’Inde parmi les grandes nations (Dossier)

Grâce à une politique d’investissements massifs dans ses infrastructures stratégiques, notamment portuaires et logistiques, l’Inde façonne une croissance durable et consolide sa place parmi les grandes puissances économiques mondiales.
Septième plus grand pays du monde par sa superficie de 3 287 263 km², l’Inde s’étend des contreforts de l’Himalaya, au nord, jusqu’aux rivages de l’océan Indien, au sud, en passant par le golfe du Bengale à l’est et la mer d’Arabie à l’ouest.

Cette position géographique privilégiée, au carrefour des échanges maritimes asiatiques, a toujours constitué un atout stratégique pour ce pays. Mais c’est surtout par une politique volontariste d’investissements publics et privés que New Delhi a réussi à transformer cet avantage naturel en moteur de développement économique.

Plus de soixante-dix ans après son indépendance, le pays affiche des indicateurs impressionnants.

Selon le ministère indien des Affaires étrangères, l’Inde est aujourd’hui classée troisième économie mondiale en termes de pouvoir d’achat. Cette performance repose sur une transformation progressive de son appareil productif et sur le renforcement de ses infrastructures, en particulier dans la capitale économique du pays, Mumbai, anciennement Bombay, située au sud-ouest du territoire.

Jawaharlal Nehru Port Authority, cœur battant de l’économie indienne

Véritable poumon financier et industriel, Mumbai concentre une part essentielle des investissements structurants du pays. C’est dans cette mégapole tentaculaire que se trouve l’un des symboles les plus visibles de la stratégie économique indienne : le port autonome Jawaharlal Nehru, officiellement appelé Jawaharlal Nehru Port Authority (Jnpa).

Construit sur plusieurs centaines d’hectares et doté d’équipements de dernière génération, ce port est aujourd’hui le plus grand port à conteneurs de l’Inde. Sa localisation stratégique et ses infrastructures modernes en font une plaque tournante du commerce extérieur indien.

 

Face à la montée en puissance du commerce international, le port Jawaharlal Nehru est devenu le plus grand port à conteneurs de l’Inde. (Ph: Édouard Koudou)

« C’est un port bâti avec des équipements de dernière génération », explique Manisha Jadhav, directeur exécutif de la Jnpa, lors d’une visite officielle, le mardi 21 janvier 2026. Mis en service en 1989, le port est devenu, en quelques décennies, un levier essentiel de l’intégration de l’Inde dans le commerce mondial.

Un pont de 22 kilomètres pour fluidifier le commerce

L’accès au port est déjà en soi un symbole de modernité. Les autorités indiennes ont fait construire un pont de 22 kilomètres qui permet de traverser les eaux et de relier directement la zone portuaire au réseau routier national. Ce passage offre une fluidité remarquable à la circulation des remorques, camions-citernes, poids lourds transportant des marchandises solides, ainsi qu’aux véhicules particuliers.

Grâce à cette infrastructure, les flux logistiques gagnent en rapidité et en sécurité. Les marchandises peuvent ainsi être acheminées sans encombre vers les autres villes du pays. À cette connexion routière s’ajoute un réseau ferroviaire dense, composé d’une quinzaine de lignes qui relient le port aux différentes régions et États de l’Inde.

Les trains assurent le transport des marchandises vers l’intérieur du pays et, en sens inverse, l’acheminement des produits destinés à l’exportation.

Le dispositif logistique est complété par un réseau de pipelines directement connectés au port. Ces conduites permettent d’acheminer les produits pétroliers et gaziers vers l’ensemble du territoire national, renforçant ainsi la sécurité énergétique du pays.

Une capacité en constante évolution

À l’origine, la Jnpa traitait principalement des marchandises en vrac. Mais très vite, face à la montée en puissance du commerce international et à l’essor de la conteneurisation, le port a évolué pour devenir le plus grand port à conteneurs de l’Inde.

Pour répondre à une demande toujours croissante, les autorités portuaires ont engagé une série de réformes et d’innovations. « Nous avons entrepris d’améliorer constamment nos capacités en offrant des solutions logistiques intégrées », souligne Manisha Jadhav.

Parmi les mesures phares, figurent l’automatisation des portes d’accès, la mise en place d’un système de transfert inter-terminaux reliant l’ensemble des plateformes, ainsi que des services de livraison directe permettant d’accélérer le traitement des marchandises importées.

La création d’une banque de données logistiques facilite le suivi des conteneurs et améliore la transparence des opérations. À cela s’ajoutent de nouvelles incitations tarifaires pour le fret ferroviaire, destinées à encourager le transport multimodal et à réduire la congestion routière.

Aujourd’hui, la Jnpa dispose de cinq terminaux à conteneurs et d’installations spécialisées pour les marchandises liquides et générales. Pour l’exercice 2024-2025, le port a traité près de 8 millions d’Evp (équivalents à vingt pieds) et enregistré 92,12 millions de tonnes métriques de marchandises. Des chiffres qui témoignent de son efficacité opérationnelle et de son rôle central dans l’économie nationale.

Une vue de conteneurs au port Jawaharlal Nehru. (Ph: Édouard Koudou)

Une zone économique spéciale pour attirer l’industrie mondiale

Dans une logique d’intégration verticale de la chaîne logistique, la Jnpa a également développé une zone économique spéciale multiproduit sur une superficie d’environ 270 hectares. L’objectif est clair : attirer les géants mondiaux de l’industrie manufacturière et favoriser l’implantation d’unités de transformation à proximité immédiate du port.

Cette stratégie permet de réduire les coûts de transport, d’accélérer les délais de livraison et de stimuler la création d’emplois locaux. Elle s’inscrit dans la politique industrielle du gouvernement indien, qui vise à faire du pays une plateforme mondiale de production, notamment à travers l’initiative « Made in India ».

Le projet Vadhvan : Un port 100 % vert, symbole d’une croissance durable

Forte du succès de la Jnpa, l’Inde ne compte pas s’arrêter là. Le gouvernement a lancé un nouveau projet d’envergure : la construction du port de Vadhvan, situé à environ 150 kilomètres au Nord de Mumbai. Il deviendra le troisième port de la capitale économique et, au niveau national, le treizième plus important port du pays.

La première pierre de cette infrastructure a été posée, le 30 août 2024, par le Premier ministre, Shri Narendra Modi. Depuis, les travaux ont démarré et se poursuivent progressivement. Ce port est conçu selon un modèle de partenariat public-privé, avec une mise en œuvre en deux phases.

Selon les responsables de la Jnpa, le port de Vadhvan bénéficiera d’une connectivité fluide et desservira plusieurs zones rurales et industrielles couvrant des États clés tels que le Maharashtra, le Gujarat, le Madhya Pradesh et les États du Nord de l’Inde.

Sa conception vise à stimuler l’économie maritime du pays et à renforcer la compétitivité logistique nationale. Au-delà de la performance économique, l’Inde entend inscrire ses infrastructures dans une dynamique environnementale responsable.

Le port de Vadhvan est ainsi présenté comme un port « 100 % vert ». Il intégrera des pratiques durables et respectueuses de l’environnement dans ses opérations, depuis la gestion de l’énergie jusqu’au traitement des déchets et à la réduction des émissions de carbone.

Avec une capacité projetée de 24,5 millions de conteneurs par an, cette nouvelle plateforme portuaire ambitionne de devenir l’une des plus grandes d’Asie, tout en répondant aux exigences du développement durable. Elle incarne la volonté du gouvernement indien de concilier croissance économique et protection de l’environnement.

À travers ces réalisations, l’Inde démontre que le développement économique repose autant sur la vision politique que sur la qualité des infrastructures. Ports, routes, ponts, chemins de fer et zones industrielles constituent les piliers de cette transformation. Ils facilitent les échanges, attirent les investisseurs étrangers et renforcent l’intégration du pays dans les chaînes de valeur mondiales.

Le cas du port Jawaharlal Nehru et du futur port de Vadhvan illustre parfaitement cette stratégie. En investissant massivement dans ses infrastructures maritimes, l’Inde se dote d’outils nécessaires pour soutenir sa croissance, sécuriser ses approvisionnements et accroître ses exportations.

Plus qu’un simple chantier d’ingénierie, ces ports sont des leviers géopolitiques et économiques. Ils renforcent la souveraineté logistique du pays et consolident son rôle de hub commercial entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

Des journalistes africains ayant profité d'une visite guidée pour découvrir l'infrastructure. (Ph: Édouard Koudou)

Une trajectoire assumée vers les grandes puissances

Aujourd’hui, l’Inde ne se contente plus d’être un marché émergent. Elle revendique sa place parmi les grandes nations économiques du monde. Les investissements réalisés à Mumbai et dans ses environs témoignent d’une ambition claire : faire du pays un acteur incontournable du commerce international et un pôle industriel majeur.

L’essor du port Jawaharlal Nehru, l’émergence prochaine du port de Vadhvan et la modernisation des réseaux de transport traduisent une politique cohérente, fondée sur la performance, l’innovation et la durabilité.

À ce rythme, l’Inde confirme que son développement n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une stratégie d’investissements structurants qui façonnent, jour après jour, son avenir économique.

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  • Bourse de l’Inde : Plus de 5 500 sociétés cotées

Installée à Mumbai, la Bourse de l’Inde ou la Bombay Stock Exchange (Bse) affiche une longévité exceptionnelle. Créée il y a plus de 150 ans, elle est aujourd’hui considérée comme la plus ancienne Bourse du continent asiatique.

Une performance que souligne avec fierté la directrice de la réglementation, Kamala K., qui rappelait, le 20 janvier, que « peu d’institutions financières peuvent se prévaloir d’une telle durée d’existence tout en restant pleinement opérationnelles ».

À la fin de l’année 2025, la Bse a franchi un seuil historique, avec environ 5 500 entreprises cotées, confirmant sa place parmi les plus grands marchés boursiers au monde. Autour de cet écosystème, gravitent également près de 1 200 partenaires, 1 800 conseillers financiers et un nombre équivalent d’analystes et d’acteurs de la recherche.

 

Avec son ancienneté et le nombre d'entreprises cotées, la Bse fait partie des plus grands marchés boursiers du monde. (Ph: Édouard Koudou)

« Nous continuerons de jouer un rôle significatif dans l’économie indienne », affirme Kamala K., convaincue que la Bse demeure un pilier central du financement et de la croissance du pays.

Au-delà des grandes entreprises, la Bourse indienne s’est imposée comme un levier de mobilisation de l’épargne nationale. Elle permet à l’État comme aux investisseurs privés de lever des fonds nécessaires au financement de projets structurants.

Après la crise sanitaire de la Covid-19, l’institution a même connu une dynamique nouvelle, élargissant fortement sa base d’investisseurs. Résultat : une hausse de 60 % du nombre d’investisseurs pour atteindre aujourd’hui environ 12 millions d’inscrits. « Nous avons un marché actif et une économie qui progresse de manière significative », se félicite la responsable.

Pme et Ong intégrées au marché

Cette montée en puissance s’appuie également sur une politique inclusive en faveur des Petites et moyennes entreprises (Pme). Grâce à un segment dédié, plus de 600 Pme ont pu lever des capitaux pour financer leurs projets et stimuler l’innovation. « Nous créons un écosystème où les financements pour les petits et moyens projets sont facilités par le marché », explique Kamala K.

La Bse innove aussi dans le champ de l’impact social avec la création récente d’une « Bourse sociale ». Cette plateforme permet à certaines Pme, Ong et fondations engagées dans des projets à vocation sociale d’accéder à des ressources financières adaptées à leurs initiatives. La modernisation technologique constitue un autre pilier de cette réussite.

L’automatisation et le numérique assurent une exécution quasi instantanée des ordres, sans intervention humaine directe, tout en limitant les risques liés à la haute fréquence. « Le rythme d’exécution atteint aujourd’hui les standards des meilleures Bourses mondiales », conclut-elle.

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  • Quand l’innovation digitale révolutionne les transactions

Depuis 2008, l’Inde s’est dotée d’un puissant levier de transformation de son économie numérique avec la création de la Société nationale des paiements de l’Inde (National Payments Corporation of India « Npci »). Institution publique stratégique, la Npci s’impose aujourd’hui comme un géant technologique au cœur du système de paiements digitaux du pays.

 

L'Upi est l'une des interfaces traitant 22 milliards de transactions chaque mois en Inde.

Selon son département communication, dirigé par Ankur Dahiya, l’organisme s’appuie sur une technologie de pointe, une parfaite connaissance des usages des citoyens et une forte expertise sectorielle pour proposer des solutions inclusives, sécurisées et accessibles à grande échelle.

Pour répondre aux besoins nationaux, la Npci a développé quatre plateformes majeures, dont la plus emblématique reste l’Unified Payments Interface-Upi (Ndlr: Interface de paiements unifiée). Ensemble, ces systèmes traitent plus de 22 milliards de transactions chaque mois, pour une valeur cumulée dépassant 42 000 milliards de roupies indiennes, soit environ 47 milliards de dollars américains.

En matière de sécurité, la performance est également remarquable : les plateformes sont capables de détecter les activités frauduleuses en temps réel, en seulement 10 millisecondes par transaction.

En combinant innovation technologique et déploiement à grande échelle, la Npci a su instaurer une collaboration étroite entre les banques, les fintechs et les autres acteurs de l’écosystème financier. Cette synergie a contribué à faire de l’Inde une référence mondiale en matière de paiements numériques, tant par le volume que par la simplicité d’usage.

Pour Shri Gunveer Singh, directeur des systèmes de paiement et de la réglementation à la Banque centrale de l’Inde, cette transformation est profondément inclusive. « Au cœur de ce parcours se trouve l’Upi, une innovation locale qui a redéfini la manière dont les particuliers et les entreprises effectuent leurs transactions », souligne-t-il.

Il insiste également sur le rôle déterminant du partenariat entre l’État, la Banque centrale, les banques commerciales et les fintechs, qualifiant cette expérience de « belle histoire de collaboration ».

Un modèle qui a permis de bâtir un écosystème de paiement robuste, fiable et accessible, capable de répondre aux besoins de toutes les couches de la société indienne

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  • Exim Bank, pilier du financement de l’import-export

La Banque d’import-export de l’Inde, plus connue sous le nom de Exim Bank, est le fruit d’une longue maturation institutionnelle.

 

T.D. Sivakumar, directeur général de Exim Bank de l'Inde. (Ph: Édouard Koudou)

Son concept a été débattu pendant plus de deux décennies, avant sa création officielle en 1982, dans un contexte marqué par de profondes mutations industrielles et commerciales.

Dès l’origine, l’établissement a été conçu comme une agence de crédit spécialisée à l’exportation, avec pour mission de soutenir le commerce international au service du développement économique du pays. Aujourd’hui, Exim Bank s’impose comme un véritable moteur de croissance pour les entreprises indiennes tournées vers les marchés extérieurs.

Selon son directeur général, T. D. Sivakumar, la banque propose une large gamme de produits et services couvrant l’ensemble de la chaîne du commerce extérieur : marketing à l’exportation, financements avant et après expédition, investissements à l’étranger, importation de technologies, ainsi que développement et production de biens destinés à l’exportation.

Ces activités constituent près des deux tiers du portefeuille de prêts de l’institution. La dynamique est particulièrement visible dans plusieurs secteurs stratégiques. Exim Bank enregistre une forte progression dans les énergies propres et renouvelables, l’automobile, les produits d’ingénierie, les industries pharmaceutiques et les télécommunications.

Une attention particulière est accordée à des filières d’avenir telles que la mobilité électrique et l’aérospatiale, identifiées comme des leviers de compétitivité internationale. Le portefeuille des entreprises a ainsi connu une hausse de 31 %, reflétant l’adaptation de la banque aux besoins émergents liés à la croissance de l’économie indienne.

Dans un environnement financier en constante mutation, Exim Bank se positionne comme un acteur clé du commerce et de l’investissement transfrontaliers. Cette stratégie s’inscrit pleinement dans son mandat d’accompagner l’internationalisation de l’Inde, comme en témoigne l’implantation de ses bureaux en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

À travers ce réseau, l’institution renforce les échanges, soutient les entreprises indiennes à l’étranger et consolide la présence économique du pays sur la scène mondiale.

 

 

SOURCE : Fratmat

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