La Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (Bssi) du Ministère des Eaux et Forêts a mené un mois d’août 2026 particulièrement offensif contre l’orpaillage illégal. Après les deux sites emblématiques de Sissingué et Kanakono sur les berges du fleuve Bagoué démantelés le 23 août 2026 par la base avancée de Tengréla malgré la montée des eaux et l’accès difficile, la Bssi a frappé sur plusieurs autres fronts dans l’Est et le Sud-Est.
Pour y parvenir, le dispositif a été renforcé. En plus de la surveillance aérienne par drones de reconnaissance et hélicoptères pour repérer les clairières suspectes, les trouées dans le couvert forestier et les berges ravinées, la brigade déploie des moyens terrestres lourds : 50 à 54 agents par opération, véhicules 4×4, embarcations motorisées et matériel de démolition. L’ensemble des interventions est mené sur instruction du ministre des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, sous les orientations du Colonel Abbé Flavien Gérard, Commandant de la Bssi, et supervisé sur le terrain par son adjoint le Commandant Ouraga Ouayou Joël.
L’ampleur du phénomène inquiète…
A Zaranou sur l’axe Bébou, le 23 août, lors de l’opération baptisée Wavie, qui signifie c’est fini en langue agni, 50 agents ont démantelé un vaste complexe clandestin. Cinq orpailleurs en flagrant délit dont deux Burkinabè et trois Togolais ont été interpellés et déférés au Pôle pénal économique et financier. Sur place 189 motopompes, 23 concasseurs, 28 laveries, 70 tapis de lavage, 243 raccords, 59 abris de fortune, 8 motos et 82 bouteilles de gaz B6 ont été saisis et détruits.
Dans la forêt classée de Diambarakro à Manzan en Indénié-Djuablin, dans la nuit du 21 au 22 août, l’opération Opo Wavie a mobilisé 54 agents dont 4 officiers. Cinq personnes dont trois Togolais, un Ivoirien et un Nigérien ont été interpellées et 22 équipements détruits.
A Nougoua dans la zone de Noé, du 17 au 20 août, la base de Noé a engagé 15 agents, démantelé plusieurs sites et détruit 120 matériels dont motopompes et concasseurs.
Ces chiffres ne disent pas tout des dégâts environnementaux laissés par les orpailleurs. La BSSI décrit des forêts classées éventrées, des milliers d’arbres abattus, des sols décapés sur plusieurs hectares et criblés d’excavations de plusieurs mètres de profondeur rendant toute agriculture impossible. Le long du Bagoué à Sissingué et Kanakono, les berges sont effondrées, le lit du fleuve détourné et les eaux rendues troubles et boueuses. A Zaranou et Diambarakro, la pollution chimique avec l’usage de mercure et de cyanure contamine les nappes et les rivières, provoquant la mort de poissons et le tarissement de sources utilisées par les villages. La faune est chassée, les corridors écologiques coupés.
Le ministère martèle que l’Etat ne relâchera plus la pression. Les autorités administratives et les chefs communautaires de Tengréla, Sissingué, Zaranou et Diambarakro saluent ces opérations et appellent les populations à la dénonciation pour permettre la restauration des écosystèmes et le retour des terres cultivables.