Algérie : sortie triomphaliste autour du satellite Alsat-3B

Le lancement du satellite Alsat-3B, supervisé par le chef d’état-major algérien Saïd Chanegriha, a donné lieu à une mise en scène politique et militaire appuyée, où la rhétorique de la « réussite stratégique » masque les zones d’ombre du programme spatial national.

Le général Saïd Chanegriha a supervisé, depuis la station terrestre de télédétection, le lancement du satellite d’observation Alsat-3B, a indiqué un communiqué officiel de l’Armée nationale populaire (ANP). L’opération, réalisée depuis la base chinoise de Jiuquan, intervient quinze jours après la mise en orbite d’Alsat-3A, présentée par les autorités comme l’achèvement de « l’architecture du système de surveillance terrestre à haute résolution » de l’Algérie.

Dans un discours largement relayé par les médias publics, le chef d’état-major a salué un « grand exploit » s’inscrivant dans la construction de « l’Algérie nouvelle et triomphante », tout en transmettant les félicitations du président Abdelmadjid Tebboune. La séquence, fortement codifiée, souligne la centralité de l’institution militaire dans la communication autour d’un projet pourtant présenté comme technologique et civil, via l’Agence spatiale algérienne.

Au-delà de l’emphase, peu d’éléments techniques ou opérationnels ont été rendus publics. Les autorités n’ont fourni ni données précises sur les capacités effectives du satellite, ni calendrier d’exploitation, ni indicateurs mesurables de retombées civiles ou économiques. La référence répétée à la « surveillance terrestre » et à la « maîtrise » des composantes spatiales alimente, en revanche, la lecture sécuritaire du programme, dans un contexte régional marqué par une forte sensibilité aux questions de renseignement.

Le discours officiel a également établi un parallèle entre le lancement d’Alsat-3B et d’autres projets structurants, tels que la ligne ferroviaire Béchar–Tindouf liée à l’exploitation de la mine de Ghar Djebilet. Cette juxtaposition participe d’un récit de souveraineté industrielle globale, sans toutefois documenter l’état d’avancement réel, les coûts engagés ou les contraintes financières associées à ces chantiers.

La coopération avec la Chine a été explicitement mise en avant, en présence de l’ambassadeur chinois, les lancements ayant été effectués depuis le territoire chinois. Là encore, les termes de cette coopération — transfert de technologie, autonomie réelle des équipes algériennes, dépendance aux partenaires étrangers — n’ont pas été détaillés publiquement, laissant subsister un flou sur le degré effectif de maîtrise nationale.

En définitive, si le lancement d’Alsat-3B constitue un fait technique réel, sa mise en récit révèle surtout une stratégie de communication où le symbolique et le politique prennent le pas sur la transparence, l’évaluation indépendante et le débat sur l’utilité concrète du programme spatial pour l’économie et la société algériennes.

SOURCE:APANews

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