ADICOM Days/Série ‘’les Nounous’’ : CANAL+ Côte d’Ivoire revient sur la recette d’un contenu entré dans la culture populaire

Le 16 avril, les ADICOM Days, dont c’était la 10ᵉ édition, ont réuni au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire les grandes voix de l’audiovisuel africain autour d’une question centrale : comment les plateformes médias transforment-elles les cultures populaires ?

Les échanges ont dessiné un secteur en pleine recomposition, où la performance ne se mesure plus seulement en audience, mais en capacité à entrer dans la vie des gens. Et sur ce terrain, un exemple a cristallisé les débats : Les Nounous, la série phare de A+ Ivoire, dont certaines répliques sont aujourd’hui sur toutes les lèvres.

Quand les séries entrent dans le langage

C’est peut-être le signe le plus fort qu’un contenu a véritablement pénétré la culture populaire : ses expressions voyagent, se détachent de l’écran et s’invitent dans les conversations du quotidien. Des répliques nées dans Les Nounous comme « autant pour toi, autant pour moi » sont ainsi devenues des références courantes, reprises bien au-delà du cercle des téléspectateurs. Guy Sahouegnon, directeur des programmes de Life TV, a cité un phénomène similaire avec Les Footeuses de troubles, dont la réplique « Je ne me sens pas bien » a connu une viralité comparable.

Cette logique est également partagée par Michel Assanvoh, co-fondateur et dirigeant de Vivastream, qui observe que ce sont les contenus de divertissement populaire, le « gbairai », qui génèrent le plus d’engagement sur les plateformes, confirmant une tendance structurelle de consommation sur le continent. Il souligne par ailleurs que les plateformes numériques jouent un rôle déterminant dans la circulation et la visibilité de ces contenus, en amplifiant leur portée auprès d’audiences locales et de la diaspora.

Les Nounous, cas d’école d’une stratégie digitale

Mais derrière le phénomène culturel lié à la série Les Nounous, il y avait une stratégie. Ce succès ne doit rien au hasard : il est le fruit d’un dispositif digital pensé, structuré et déployé méthodiquement par A+ Ivoire, chaîne produite par CANAL+ entièrement dédiée à la valorisation des productions africaines. C’est son Directeur Général, Michel Mutombo-Cartier, qui en a détaillé les rouages, intervenant à distance pour présenter la campagne déployée sur les réseaux sociaux autour de Les Nounous, un dispositif articulé en trois phases, du pré-lancement à l’après-diffusion.

Sur deux semaines de pré-lancement, 85 publications ont été diffusées pour installer l’attente. Résultat : plus de 27 millions de personnes touchées, 33 millions de vues, plus d’un million de réactions, le tout sans aucun achat publicitaire. « Organique. On n’a rien sponsorisé », insiste-t-il.

La diffusion, étalée sur cinq semaines avec 214 publications, a amplifié la dynamique : 161 millions de personnes touchées, soit +330 % par rapport à la saison précédente, plus de 200 000 commentaires et 66 000 partages. Mais au-delà des chiffres, c’est une transformation plus profonde qui s’est opérée : « Les internautes ne sont plus simplement spectateurs. Ils deviennent des relais, des ambassadeurs, des acteurs du programme. »

Canal+, de la chaîne à la plateforme

Cette maîtrise du digital s’inscrit dans une vision plus large portée par le groupe. Pour Djamilath Mamah, Directrice Communication de CANAL+ Côte d’Ivoire, la transformation est profonde et structurelle : « Canal+ aujourd’hui, ce n’est plus simplement une chaîne, c’est une plateforme. » Une plateforme qui repose sur un équilibre assumé entre contenus internationaux, chaînes locales et productions originales, car « notre plateforme serait vide sans les chaînes de télévision ».

Sur les usages, elle corrige une idée reçue : ce n’est pas le sport qui domine la consommation audiovisuelle, mais le divertissement. Et ce qui fait la force d’un contenu, c’est sa résonance avec le vécu du public : « Ce qui marche, ce sont des récits dans lesquels notre audience se retrouve. Dans la rue, quand on t’en parle, tu sais que tu as touché quelque chose. »

Sur la hiérarchie des médias, sa position est nuancée mais ferme : « Les réseaux sociaux donnent de la visibilité, mais la télévision donne la légitimité. »

L’engagement de CANAL+ dans la création ivoirienne

Cette vision se traduit par des engagements concrets. Au-delà de la diffusion, CANAL+ revendique un rôle structurant dans l’écosystème audiovisuel ivoirien. À travers sa chaîne A+ Ivoire, son partenariat étroit avec la société de production PLAN A, et ses investissements directs dans les œuvres locales, le groupe a produit à ce jour plus de 4 000 heures de contenus ivoiriens.

Des séries comme InvisiblesCacaoO’BatangaLes Nounous ou encore Les Coups de la Vie illustrent cette dynamique de création originale portée par des professionnels ivoiriens, avec une double ambition : résonner auprès des publics locaux tout en s’exportant à l’international.

Local ou global : faux dilemme

Au fond, c’est toute la question de l’identité culturelle des contenus africains qui se pose. Les discussions ont convergé vers un enjeu central : comment concilier ouverture internationale et ancrage culturel ? « On ne peut pas vouloir aller vers le monde sans décoller du monde », a résumé Guy Sahouegnon, directeur des programmes de Life TV.

Pour Djamilath Mamah, Directrice Communication de CANAL+ Côte d’Ivoire, la ligne directrice est claire : « Le vrai enjeu, c’est de trouver le juste milieu entre adaptation et authenticité. »

Une certitude, en tout cas, s’est imposée tout au long des débats : un contenu peut disparaître des écrans, mais survivre dans les usages. C’est peut-être la définition la plus juste de ce que signifie aujourd’hui entrer dans la culture populaire.

 

 

SOURCE : Fratmat

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