Afrique : Le Caire promeut le corridor Égypte-Libye-Tchad

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Présenté par la diplomatie égyptienne comme un levier majeur de l’intégration africaine, le corridor Égypte-Libye-Tchad relève davantage, à ce stade, d’un affichage stratégique que d’un projet économique opérationnel clairement structuré.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a réaffirmé, samedi au Caire, que l’intégration économique africaine constitue un axe central de la politique du pays envers le continent. S’exprimant devant les représentants des organisations et bureaux de l’Union africaine accrédités en Égypte, il a mis en avant le corridor Égypte-Libye-Tchad comme un projet « essentiel » pour renforcer la connectivité continentale et la coopération entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale.

Le discours officiel s’inscrit dans une rhétorique désormais bien établie au Caire, qui présente les grands corridors transfrontaliers comme des catalyseurs de développement régional. Outre l’axe Égypte-Libye-Tchad, le ministre a cité le corridor Le Caire-Le Cap et le projet de liaison lac Victoria-mer Méditerranée, les reliant explicitement aux objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine et à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Toutefois, au-delà des déclarations de principe, peu d’éléments concrets ont été avancés sur l’état d’avancement réel du corridor Égypte-Libye-Tchad. Ni calendrier précis, ni schéma de financement, ni mécanismes de gouvernance partagée n’ont été détaillés, alors même que le tracé traverse des zones marquées par une instabilité sécuritaire persistante, en particulier en Libye et dans certaines régions du Sahel.

La référence répétée à l’intégration économique contraste avec l’absence de données sur les flux commerciaux attendus, les retombées industrielles locales ou l’articulation du corridor avec les infrastructures existantes des pays concernés. En l’état, le projet apparaît davantage comme un outil de projection diplomatique égyptienne vers l’Afrique centrale que comme une initiative régionale co-construite et pleinement appropriée par l’ensemble des partenaires.

Le ministre a également insisté sur l’attachement de l’Égypte aux principes de l’Acte constitutif de l’Union africaine, notamment la souveraineté des États et la non-ingérence. Cette insistance intervient dans un contexte où les grands projets d’infrastructures sont aussi des instruments d’influence géopolitique, servant à consolider des positions stratégiques autant qu’à favoriser l’intégration économique.

SOURCE:APANews

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