Production pétrolière : Vers un nouveau cycle en Afrique

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Vingt ans après la découverte des premiers gisements dans le Graben Albertin, l’Ouganda s’apprête enfin à entrer dans le cercle des pays producteurs de pétrole. Le gouvernement a annoncé cette semaine à Hoima le baptême de son brut : le Pearl Sweet, référence à la Perle de l’Afrique et à sa faible teneur en soufre. La cérémonie de lancement de la production a eu lieu le 3 septembre 2026.
L’information était attendue depuis longtemps. Selon la secrétaire générale du ministère de l’Energie Irene Batebe, le champ de Kingfisher, opéré par la société chinoise CNOOC, va démarrer d’ici la fin de l’année avec une production de 28 mille barils par jour, portée à 40 mille barils par jour en pleine capacité au début de l’année prochaine.
Le site de Tilenga, opéré par TotalEnergies avec près de 400 puits, doit lui produire à terme 190 mille barils par jour. Il est achevé à 74 %. Au total, les deux champs doivent atteindre un plateau de 230 mille barils par jour.
Pays enclavé, l’Ouganda mise tout sur l’oléoduc géant EACOP, long de 1443 kilomètres jusqu’au port tanzanien de Tanga. Il est achevé à plus de 92 %. Le gouvernement espère deux milliards de dollars de revenus par an au plus fort de la production, prévue pour durer vingt ans. Un troisième cycle de licences, incluant des bassins frontaliers comme Moroto-Kadam et Kyoga, est déjà annoncé pour l’exercice à venir.
Entre déclin des géants et percée des nouveaux
L’arrivée de l’Ouganda n’est pas un cas isolé. Elle illustre la grande recomposition de la carte pétrolière africaine.
D’un côté, les producteurs historiques – Algérie, Nigeria, Libye, Egypte, Angola – dominent toujours la production, mais font face au vieillissement de leurs infrastructures et de leurs gisements. Leur production stagne malgré des investissements pour maintenir les champs matures.
De l’autre, une nouvelle génération émerge depuis deux ans. Le Sénégal est devenu exportateur avec le champ Sangomar, qui maintient un plateau d’environ cent mille barils par jour et a exporté près de trois millions de barils en juin dernier seulement. Le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim, à cheval entre Sénégal et Mauritanie, a commencé à exporter du gaz naturel liquéfié. Le Mozambique accélère avec ses projets Coral FLNG.
Le futur eldorado s’appelle surtout Namibie. Dans le bassin Orange, TotalEnergies avec Venus et Galp avec Mopane, estimé à au moins 10 milliards de barils, ont fait des découvertes géantes en 2022 et 2024. Le pays, qui n’a foré que quelques dizaines de puits en eau profonde, pourrait rejoindre le club des grands producteurs d’ici 2029 à 2030. Selon la Chambre Africaine de l’Energie, l’Afrique devrait attirer 41 milliards de dollars d’investissements en amont en 2026, soit 8 % du total mondial, concentrés justement sur ces projets offshore profonds et gaziers.
Une croissance qui a ses exigences
La production africaine totale est projetée à environ 11,4 millions de barils équivalent pétrole par jour en 2026, 37 % de gaz. La tendance est à une reprise prudente.
Toutefois, les investisseurs ne cherchent plus seulement des réserves, mais la capacité à monétiser vite, à intégrer du raffinage local et à répondre aux normes environnementales. C’est tout l’enjeu pour l’Ouganda : transformer son Pearl Sweet en valeur durable sans répéter le piège de la rente qui a freiné ses voisins.

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