La reconquête territoriale menée par les Forces armées maliennes aux côtés d’Africa Corps se heurte à une pression croissante des organisations de défense des droits de l’homme. Dans un rapport rendu public ce jeudi 20 août 2026 Human Rights Watch accuse les combattants russes du groupe d’avoir tué neuf civils, dont quatre mineurs, le 10 juillet dernier à Bombori, dans la région de Mopti. L’ONG documente également des passages à tabac, des pillages et des incendies de maisons lors de cette opération menée conjointement avec des soldats maliens.
Pour HRW, les faits de Bombori s’inscrivent dans une série d’exactions attribuées à Africa Corps depuis janvier 2026. L’organisation rappelle avoir enquêté sur des frappes aériennes menées le 15 juin à Kirnya, dans le même Mopti, qui auraient fait huit morts civils dont trois enfants. Selon la chercheuse senior Sahel de HRW, Ilaria Allegrozzi, aucun combattant du JNIM ne figurait parmi les victimes, contrairement à la version avancée par les partenaires russes de l’armée malienne. Dans ses publications de l’année, HRW évoque aussi 12 exécutions et 81 disparitions forcées depuis janvier, visant majoritairement des hommes peuls que l’armée et ses supplétifs russes accusent de complicité avec le JNIM. Le groupe Wagner, désormais opérant sous le nom d’_Africa Corps_, est également cité dans le rapport régional de HRW pour des exécutions sommaires de civils.
Réactions prudentes de Bamako
Du côté des autorités maliennes, la réponse est restée mesurée. Un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué que « les Forces armées maliennes mènent leurs opérations dans le strict respect du droit international humanitaire » et qu’une « enquête interne a été ouverte pour faire la lumière sur les allégations de Bombori ». Le gouvernement réaffirme par ailleurs le droit du Mali à choisir ses partenaires pour lutter contre le terrorisme.
Africa Corps, placé sous tutelle du ministère russe de la Défense, avait revendiqué les frappes de Kirnya comme visant un « lieu de rassemblement de groupes terroristes », sans mentionner de victimes civiles.
Sur les réseaux sociaux, les détracteurs de la junte ont largement relayé le rapport. Sur X et Facebook, plusieurs activistes et figures de l’opposition malienne dénoncent « une impunité organisée » et réclament « une commission d’enquête internationale indépendante ». Les hashtags #JusticePourBombori et #MaliSansImpunité ont circulé jeudi, accompagnés de témoignages attribués à la localité de Mopti. D’autres internautes proches du pouvoir accusent au contraire HRW de « partialité » et d’« ingérence visant à discréditer la coopération avec la Russie ».
Human Rights Watch demande aux autorités maliennes d’ouvrir des enquêtes crédibles, de poursuivre les responsables et de garantir réparation aux victimes, alors que la junte met en avant les gains militaires obtenus avec le soutien d’Africa Corps.