À travers les entreprises, commerces, associations et lieux de rencontre, les Ivoiriens de Brazzaville participent pleinement à la vie économique et sociale de leur pays d’accueil. De Poto-Poto à Bacongo, en passant par Nkombo au Plateau des 15 ans, ils contribuent à renforcer les liens entre leur pays d’origine et le Congo.
Il est 6h du matin, ce dimanche 24 mai 2026, non loin de la Cathédrale du Sacré-Cœur de Brazzaville, située au sommet de la butte dite de l’Aiglon au cœur de la ville. Elle est située dans le 3è arrondissement, Poto Poto. Fondée en juin 1892 par Mgr Philippe Prosper Augouard, elle est la plus ancienne cathédrale de l’église catholique d’Afrique centrale toujours en activité.
Le soleil se lève lentement sur les rives du fleuve Congo, dans la capitale politique congolaise qui s’anime progressivement. C’est la saison sèche ici et le temps est beau. La météo annonce un ciel couvert et une température variant entre 20°C et 25°C.

Les taxis ville et minibus de transport en commun, reconnus facilement reconnaissables par les couleurs verts et blancs prennent d’assaut les différentes artères de la ville. Les embouteillages commencent, les chauffeurs qui piaffent d’impatience ne font que klaxonner. Les commerçants s’empressent d’ouvrir les boutiques et étales. « Il faut capter les premiers clients », explique, Ilunga Felix, un commerçant d’origine de Congo-Kinshasa, installé sur L’artère principale qui mène à l’avenue Foch.
Les « cafetiers ambulants », se sont aussi déployés aux grands carrefours, gares et zones de bureaux (comme le centre-ville ou Poto-Poto). Ils sillonnent Brazzaville avec des chariots équipés de thermos d’eau chaude, de café, d’œufs et de pain. Une combinaison d’odeur de café et d’huile embaume l’air.
Derrière cette effervescence matinale se cache une communauté étrangère vivant au pays de l’écrivain Henri Lopes. Elle est discrète mais bien implantée. Il s’agit des Ivoiriens de Brazzaville. En tout cas, c’est ce qui se dit ici, au pays du président Denis Sassou N’Guesso.
Installés dans plusieurs quartiers de Brazzaville, ces ivoiriens ont progressivement trouvé leur place dans le paysage économique et social de la capitale congolaise. Commerçants, couturiers, informaticiens, restaurateurs ou entrepreneurs, ils participent à la vie de la capitale politique du pays, tout en conservant leurs traditions et leur esprit de solidarité.
Poto-Poto, le refuge des artisans ivoiriens

Dans le troisième arrondissement, le quartier Poto-Poto. C’est là où se concentrent la grande majorité des ouest-africains. Les rues étroites grouillent de monde. Sur les étals, les tissus colorés, de chaussures et d’accessoires de mode se disputent la place.
C’est dans ce lieu populaire et cosmopolite que travaille Koné Ibrahim. Un couturier ivoirien, la trentaine révolue. Il est très apprécié par ses clients. « C’est un très bon couturier. Je suis avec lui depuis 5 ans », explique Maman Rose. Une cliente congolaise qui est venue ce dimanche 24 mai avec une amie qui est à la recherche d’un bon couturier pour les modèles dame.
Dans son atelier, les machines à coudre tournent sans relâche. Il travaille avec 6 employés, tous venus de la Côte d’Ivoire. Il fait de la couture homme, dame et enfants. Il est installé dans la ville, il y a une dizaine d’années.
Dans la vitrine d’exposition de son atelier, des costumes soigneusement taillés côtoient des boubous modernes et des tenues inspirées des dernières tendances africaines. « Ici, la clientèle est très exigeante », explique-t-il. C’est qu’à Brazzaville, l’élégance est une véritable institution.
Mathurin Kouadio, un autre couturier ivoirien. La cinquantaine et installé à Brazzaville depuis vingt-cinq ans explique que les congolais accordent une attention particulière à leur apparence. « Ils sont prêts à dépenser une petite fortune, pourvu que la couture soit de qualité », insiste-t-il.
Le couturier explique que c’est le cas dans les quartiers de Bacongo et Makélékélé, considérés comme les bastions de la célèbre SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes).
À plusieurs kilomètres de là, dans le quartier Nkombo — un autre quartier populaire situé dans le 9e arrondissement (Djiri) de Brazzaville–, un autre Ivoirien a construit son succès dans un secteur bien différent.

Entre des piles de matériaux de construction et le bruit des machines de menuiserie, Ibrahim Sidibé dirige une quincaillerie et une menuiserie qui emploient aujourd’hui une vingtaine de personnes.
« Mon projet initial était d’aller en Angola où j’avais des amis en transitant par le Congo. Une fois à Brazzaville, j’ai aimé le pays et je me suis mis dans les affaires », raconte-t-il avec le sourire.
Au fil des années, l’entrepreneur a développé ses activités jusqu’à devenir un acteur économique reconnu et apprécié de ses compatriotes et aussi des congolais.
Dans son atelier, les ouvriers fabriquent portes, armoires, meubles et équipements destinés aux particuliers comme aux entreprises.
Les quartiers des ivoiriens
Dans le quatrième arrondissement, au Plateau des 15 ans, la présence ivoirienne est particulièrement visible dans les secteurs de l’informatique et des agences de voyages.
De nombreux jeunes entrepreneurs y proposent des services de maintenance informatique, de réservation de billets d’avion, de transfert d’argent ou encore de prestations numériques.
Dans ce quartier, on retrouve le plus grand nombre d’ivoiriens installés dans la capitale congolaise.
À l’heure du déjeuner, certains lieux comme les restaurants et buvettes communément appelé dans le pays les « Ngandas » deviennent incontournables pour les ressortissants ivoiriens.
Au quartier Bacongo, le Restaurant Mère July est l’une des adresses les plus fréquentées. Dans une ambiance familiale, les clients viennent y retrouver les saveurs du pays.
Alloco, attiéké, poisson braisée, foutou, sauces graine, aubergines, pistache, etc et grillades figurent parmi les plats les plus appréciés.
À l’intérieur de ces lieux, les conversations oscillent entre nouvelles de la Côte d’Ivoire, projets professionnels et actualité africaine. Mais surtout la crainte de l’épidémie de l’Ebola qui sévit en RDC, de l’autre côté du fleuve Congo.
« Même, si la zone concernée est à plus de 2000 kilomètres de là. Cette actualité nous intéresse. Elle peut impacter négativement nos affaires », s’est inquiété Cyril Koffi, un ivoirien de mère congolaise.
Pour beaucoup d’ivoiriens expatriés, ces restaurants jouent un rôle bien plus important qu’un simple lieu où l’on vient manger. Ils permettent de maintenir un lien avec ses compatriotes.
Lorsque la chaleur retombe en fin de journée, plusieurs membres de la diaspora prennent la direction de Moungali.
Dans ce quartier, le restaurant »La Pirogue » est réputé pour ses poissons braisés et son ambiance conviviale.
Autour des tables installées en plein air, les discussions se prolongent tard dans la soirée. Entrepreneurs, étudiants, commerçants et travailleurs s’y retrouvent pour partager un moment de détente après une journée de travail.
Comment les ivoiriens sont-ils perçus dans ce pays ?
Les ivoiriens sont perçus en gros par les congolais et les autres peuples vivant dans le pays comme des travailleurs habiles et chaleureux.
Ils sont, selon eux, appréciés pour leur dynamisme dans les secteurs de la restauration, de l’agriculture et du commerce.
« Je suis congolais. Dans mon pays, les étrangers sont en paix et sont heureux, Nous sommes bienveillants envers tous les étrangers. Surtout, envers les ivoiriens. Jusque-là, ils se comportent très bien chez nous », explique Vivace MBoma au quartier Lampadaire dans l’arrondissement de Madibou. Avant de souligner qu’ils font leur boulot avec sérieux. Mais surtout dans la bonne humeur.
Son ami, Kitina Hervé, est du même avis. Pour lui « l’intégration des étrangers et en particulier, celle des ivoiriens est facilitée par des liens culturels et diplomatiques forts ». Il a aussi souligné qu’il peut exister quelques rares fois de petites compétitions amicales sur le sens de la fête et le rayonnement culturel.
« Nos amis ivoiriens et nous nous rivalisons sur celui qui aime le plus la belle vie », indique-t-il en riant aux éclats. Il s’empresse d’expliquer que ce n’est pas bien méchant. « De toute façon nous nous habillons mieux qu’eux », a-t-il indiqué.
Il le dit avec un grand sourire en montrant son costume de couleur verte assortie d’un soulier mocassin en cuire de couleur rouge.
Solidarité en terre étrangère
La solidarité ivoirienne s’exprime également à travers le sport.
Au Complexe sportif Serge Ibaka, situé à Ouenzé, des tournois de football intercommunautaires et des rencontres festives sont régulièrement organisés.

Ces événements rassemblent des centaines de personnes autour de la passion du ballon rond.
Pour les nouveaux arrivants, ces lieux peuvent aider à nouer des contacts et de s’intégrer plus facilement. « Quand je suis arrivé à Brazzaville, je ne savais pas vers qui me tourner. C’est en fréquentant ces lieux et en participant aux activités de la communauté que j’ai pu trouver du travail », révèle Alexis Obed. Mieux, c’est là que le bonheur lui a souri aussi. Il a rencontré son épouse ivoirienne aussi grâce à ces activités de la communauté ivoirienne. Le président est M. Diabaté Bourahima.
Au-delà des activités économiques et culturelles, les Ivoiriens de Brazzaville s’appuient sur plusieurs structures associatives.
Les ivoiriens au Congo organisent régulièrement des rencontres, des activités de solidarité, des célébrations de fêtes nationales et des actions d’entraide en faveur des membres les plus vulnérables.
L’ambassade de Côte d’Ivoire à Brazzaville constitue également un point de rassemblement important lors des cérémonies officielles ou des visites de personnalités ivoiriennes.