Amadou Oury Bah, Premier ministre de la Guinée: « L’Afrique devra être un continent qui assumera sa pleine souveraineté… »
D’abord, permettez-moi de vous dire que vous êtes les bienvenus en Guinée. C’est un honneur pour la République de Guinée et pour son gouvernement de vous accueillir, vous, journalistes venus des quatre coins du continent, pour préparer la remise officielle du prix du Grand Bâtisseur au Président de la République, le 27 mai prochain à Brazzaville, dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, qui réunissent la Banque et ses partenaires.
Le fait de décerner ce prix au Président de la République, Mamadi Doumbouya, revêt une grande signification pour la Guinée et pour le Chef de l’État.
D’abord, à titre personnel, pour le Président lui-même, c’est le signe d’une reconnaissance internationale de son rôle et de son leadership pour avoir, en moins de trois ans, conduit de manière effective la réalisation du projet minier Simandou. Ce projet n’est pas simplement un projet minier ; il représente une transformation profonde des infrastructures de la Guinée : un port minéralier, un chemin de fer à double voie sur 670 kilomètres. Cette voie ferrée pourra être utilisée aussi bien pour le transport du minerai que pour celui des voyageurs et des marchandises, en plus de l’exploitation de la mine de fer.
Le Transguinéen, réalisé en moins de trois ans, constitue une prouesse pharaonique. Le Président de la République, Mamadi Doumbouya, a porté ce projet avec vigueur et détermination afin de le mener à bien. Ce prix est donc une reconnaissance de son leadership, de sa volonté et de sa détermination à concrétiser ce grand rêve que la Guinée nourrissait depuis plusieurs décennies.
Pour le peuple guinéen et l’ensemble des citoyens du pays, il s’agit de la réalisation d’un rêve que les prédécesseurs du Président Doumbouya avaient caressé sans parvenir à le concrétiser. Le plafond de verre a été brisé le 11 novembre à 11h15 à Moribaya, avec l’arrivée du train ayant quitté la mine pour rejoindre le port, dans le cadre de l’inauguration de la voie ferrée et du lancement effectif de l’exploitation minière.
Pour la Guinée, cela représente ce qu’a symbolisé, pour les Américains, l’alunissage d’Apollo 11 Moon Landing. C’est la preuve que, lorsqu’on veut, on peut. Une fatalité a été brisée. Vous mesurez donc toute l’importance symbolique et concrète de ce projet pour le peuple guinéen.
Comment cette distinction internationale a-t-elle été accueillie par les populations guinéennes ainsi que par les différents acteurs institutionnels et économiques du pays ?
Pour l’ensemble des Guinéens, c’est une grande satisfaction, un réconfort. C’est le sentiment d’un enfant longtemps mal aimé, bercé pendant des décennies par des illusions et ayant fini par intérioriser l’échec comme une fatalité. Recevoir ce prix à travers le Président de la République représente, pour les Guinéens, une renaissance et un nouvel élan de conscience collective. Cela signifie que l’échec n’est pas une fatalité. Nous pouvons réussir, et nous l’avons démontré avec Simandou.

Le programme Simandou 2040, au-delà des différents projets qu’il englobe, traduit un nouvel état d’esprit qui anime désormais les dirigeants et le peuple guinéens : un peuple qui recommence à rêver, à nourrir des ambitions et à croire qu’en unissant ses forces autour des intérêts fondamentaux du pays, il pourra réussir.
Vous avez personnellement porté cette annonce au Chef de l’État. Quelle a été sa réaction en apprenant cette distinction décernée par The Africa Road Builders ?
Il en est très satisfait. Il constate concrètement que, lors de ses déplacements à Nairobi comme à Kigali, l’accueil que les Chefs d’État lui ont réservé, ainsi que les nombreuses demandes d’audience formulées à son endroit, reflètent une réalité perçue par de nombreux dirigeants africains.
Vous avez déjà abordé la question de Simandou. Pouvez-vous néanmoins rappeler concrètement les principales infrastructures et réalisations prévues dans ce cadre ?
Pour ne pas entrer dans les détails, le projet Simandou 2040 constitue le programme gouvernemental des quinze prochaines années. Il est décliné en trois sous-programmes quinquennaux. La phase actuelle concerne le programme 2026-2030, adopté récemment par voie législative. Il vise à jeter les bases permettant à la Guinée d’aller vers l’industrialisation, une plus grande compétitivité et la résolution durable des fragilités structurelles qui ont longtemps freiné son développement. Ces fragilités concernent principalement les infrastructures. Sans infrastructures routières, il est impossible d’exploiter pleinement le potentiel agricole considérable du pays.
Toutefois, les infrastructures routières ne suffisent pas. Comme l’a récemment déclaré le Président Yoweri Museveni, sans chemin de fer, il est difficile d’inscrire durablement le développement dans le temps. C’est pourquoi, durant les cinq prochaines années, nous allons nous atteler à doter le pays d’infrastructures essentielles permettant de valoriser pleinement ses immenses potentialités économiques, qu’elles soient minières, agricoles ou liées à d’autres secteurs stratégiques.
Les routes, les chemins de fer, les infrastructures énergétiques, les infrastructures hydrauliques, l’assainissement urbain ainsi que le développement du capital humain seront au cœur des priorités. Cela passera notamment par la construction d’écoles, de centres de santé ainsi que par la formation des hommes et des femmes à tous les niveaux.
Par ailleurs, compte tenu de la position géographique privilégiée de la Guinée, la réalisation d’un port en eau profonde apparaît comme une nécessité absolue, non seulement pour la Guinée, mais aussi pour les pays enclavés de l’intérieur du continent.
La Guinée a vocation à devenir un hub régional. Grâce aux infrastructures portuaires et ferroviaires, les pays enclavés pourront eux aussi exploiter leurs ressources, développer leurs économies et créer un climat de prospérité favorable à leurs populations.

Monsieur le Premier ministre, à quoi devrait ressembler la Guinée des quinze prochaines années ?
Avec le programme Simandou et avec l’aide de Dieu, nous voulons atteindre pleinement les objectifs fixés et même aller au-delà. Si nous y parvenons, la Guinée deviendra un pays émergent. Le taux de croissance à deux chiffres attendu en 2026 devra être maintenu sur une longue période afin d’inverser drastiquement la courbe de la pauvreté. La Guinée pourrait ainsi compter parmi les principaux pays émergents du continent africain, à l’image de ce qu’ont réalisé la Chine, l’Inde ou encore plusieurs pays d’Asie du Sud-Est.
Cependant, tout cela repose sur une condition essentielle : la stabilité. Sans stabilité, rien ne peut être construit durablement. Depuis son indépendance, la Guinée a souffert d’une instabilité chronique ayant freiné son développement. Aujourd’hui, nous nous inscrivons dans une logique de stabilité institutionnelle, sociale et économique afin de répondre durablement aux attentes des populations.
À la veille de la remise du trophée au Président Mamadi Doumbouya, quel message souhaitez-vous adresser à la Guinée, à l’Afrique et à la communauté internationale ?
Aux Guinéens, je rappelle que nous avons encore des fragilités à corriger et des insuffisances dans la mise en œuvre de certains programmes. Nous avons récemment remis des lettres de mission aux membres du gouvernement ainsi que des contrats de performance afin d’accélérer l’exécution des réformes.
Notre objectif est que, d’ici deux à trois ans, la Guinée dispose d’infrastructures indispensables, d’une connectivité minimale, d’infrastructures sanitaires et scolaires renforcées ainsi que d’investissements structurants dans l’agriculture. Nous voulons que, d’ici 2028-2029, les populations constatent concrètement la transformation de leur environnement, l’amélioration de leur pouvoir d’achat et le recul de la pauvreté.
L’ambition de la Guinée est de servir de laboratoire et de référence pour le continent africain, afin de démontrer que l’échec n’est pas une fatalité et que le sous-développement n’est pas inscrit dans l’Adn des Africains. Nous voulons montrer qu’il est possible de transformer nos pays, de donner de l’espoir à la jeunesse et de construire l’avenir ici, en Afrique.
L’Afrique devra être un continent qui assumera pleinement sa souveraineté et offrira à ses populations les conditions nécessaires pour être respectées, aussi bien par elles-mêmes que par le reste du monde.
Entretien réalisé par :
Théodore Kouadio (Fraternité Matin)
Elhadji Ibrahima Thiam (Soleil de Dakar)
Barthélemy Kouamé (Acturoutes)
(FRATMAT)