Employabilité des jeunes 2026–2030 : Mamadou Touré dévoile une stratégie ambitieuse et intégrée

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Dans un contexte caractérisé par une transition démographique accélérée, des tensions structurelles persistantes sur le marché de l’emploi et une inadéquation manifeste entre les formations offertes et les compétences requises par les entreprises, le ministre de la Promotion de la jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a présenté les grandes orientations stratégiques de son département pour la période 2026–2030.

À travers cette nouvelle feuille de route, le gouvernement entend ériger la jeunesse ivoirienne en vecteur essentiel de croissance inclusive, en articulant son action autour de trois axes majeurs : la promotion sociale, l’insertion professionnelle et le renforcement du service civique.

Au-delà des objectifs quantitatifs annoncés notamment 3,5 millions d’emplois décents, 635 000 jeunes à former et 481 000 bénéficiaires des dispositifs d’entrepreneuriat, une mesure attire particulièrement l’attention. Celle de la revalorisation substantielle des primes de stage et des Travaux à haute intensité de main-d’oeuvre (Thimo).

Une revalorisation des stages aux implications sur le revenu d’insertion

L’augmentation de la prime des stages de qualification, passant de 45 000 à 75 000 FCFA, celle des stages écoles de 15 000 à 25 000 FCFA, ainsi que la hausse des indemnités THIMO de 55 000 à 75 000 FCFA, constitue un signal politique fort en faveur de la valorisation du travail d’apprentissage.

Dans un contexte où le salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) demeure difficilement accessible pour de nombreux jeunes peu qualifiés, particulièrement en zones rurales, cette mesure pourrait contribuer à réduire l’écart entre formation et revenu d’insertion.

En rendant les parcours de stage plus attractifs financièrement, l’État entend encourager l’engagement dans les métiers techniques, souvent délaissés, et faciliter la transition entre le système éducatif et le marché du travail. Associée à des dispositifs de formation duale, mêlant enseignement théorique et immersion professionnelle dans les entreprises ou exploitations agricoles.

Cette revalorisation pourrait favoriser une montée réelle en compétences tout en assurant un revenu minimal durant la période d’apprentissage.

Un levier pour pallier le déficit de main d’œuvre qualifiée

Le manque de personnel qualifié constitue un frein majeur au développement de secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’agro industrie ou les services techniques déconcentrés. Dans plusieurs zones rurales, les investissements productifs sont contraints par la difficulté de recruter des techniciens formés, limitant la valorisation des chaînes de valeur locales.

La prise en charge annoncée de plus de 635 000 jeunes dans des programmes de formation et de stage, la construction de 27 centres de service civique régionaux et la création d’un compendium national de compétences devraient contribuer à structurer une offre de travail mieux adaptée aux spécificités territoriales.

L’objectif d’atteindre le plein taux d’insertion professionnelle pour les jeunes issus des centres de service civique permettrait de renforcer durablement les capacités humaines dans des domaines essentiels entre autres maintenance d’équipements, transformation agroalimentaire, métiers agricoles spécialisés.

Innovation institutionnelle et inclusion économique

La stratégie 2026–2030 prévoit la création de 28 pôles régionaux d’innovation entrepreneuriale et l’extension de la Couverture Maladie Universelle (CMU) aux bénéficiaires des programmes d’insertion.

Elle s’accompagne également de la mise en place d’un Fonds d’Appui à la Jeunesse doté de 4,3 milliards de FCFA, ainsi que de nouveaux mécanismes de financement : capital investissement, crédit bail, prêts à taux zéro, etc.

Cette orientation traduit la volonté de promouvoir un entrepreneuriat jeune durable, fondé sur l’accès à des financements adaptés et sur l’émergence d’initiatives économiques viables, capables de générer des emplois pérennes et de soutenir une croissance inclusive.

Le défi central : la mise en œuvre

Si cette stratégie témoigne d’une vision multisectorielle ambitieuse de l’insertion des jeunes, son efficacité dépendra de plusieurs facteurs déterminants. Il s’agit de la qualité des formations dispensées, de la régularité du paiement des primes, l’implantation territoriale des dispositifs, et l’adéquation entre les compétences développées et les besoins réels des secteurs économiques.

En misant sur la revalorisation des parcours d’apprentissage comme levier de montée en compétences et de sécurisation du revenu, la stratégie jeunesse 2026–2030 pourrait inaugurer un modèle d’insertion progressive fondé sur l’apprentissage rémunéré et l’adaptation aux réalités économiques locales. Le ministère de la Jeunesse demeure un portefeuille hautement stratégique, tant les attentes sont considérables.

L’employabilité des jeunes représente l’un des défis les plus complexes de l’action publique, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et territoriaux. La réussite de cette stratégie dépendra donc de la capacité à transformer les ambitions affichées en résultats concrets, mesurables et durables pour la jeunesse ivoirienne.

 

 

 

SOURCE : Fratmat

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