Développement local/Zouan-Hounien : Quand la mine d’Ity impacte le quotidien de 21 villages (Dossier)

0 15
Dans l’Ouest ivoirien, l’exploitation aurifère ne se résume pas à l’extraction de l’or. Autour de la mine d’Ity, à Zouan-Hounien et Bloléquin, des projets sociaux structurants redessinent progressivement les conditions de vie de milliers d’habitants.
Le secteur minier connaît une croissance soutenue en Côte d’Ivoire, avec une multiplication de projets aurifères. À Zouan-Hounien, la mine d’or d’Ity, exploitée par Endeavour Mining, est souvent citée par les autorités locales comme un exemple d’intégration sociale dans son environnement immédiat.

Les actions engagées depuis plusieurs années visent à améliorer la résilience des populations riveraines et à créer des revenus durables à travers des programmes ciblés dans 21 villages hôtes des départements de Zouan-Hounien (8 villages) et de Bloléquin (13 villages et campements).

Eau potable, santé, salubrité, agriculture et éducation composent, aujourd’hui, un paysage communautaire en mutation, porté par une politique d’intégration locale.

Une visite de terrain réalisée du 20 au 23 janvier a permis de mesurer l’impact de ces initiatives sur les communautés. Dans une zone longtemps confrontée à des difficultés d’accès à l’eau, à des problèmes sanitaires et à la précarité économique, les changements sont désormais visibles.

Assainir pour produire

À Zouan-Hounien, le bas-fond 1, vaste bas-fond de 32 hectares et dédié à la riziculture, est le symbole de cette approche intégrée. Jadis zone insalubre, propice au développement des moustiques et au paludisme, il a été réhabilité grâce à un programme combinant assainissement et valorisation agricole.

 

No Image

En partenariat avec l’Institut national d’hygiène publique (Inhp), des gîtes larvaires ont été identifiés, traités et suivis. 23 comités d’hygiène et de salubrité ont été installés dans la commune.

Le cabinet Multiservices agricoles Afrique (Msa) a accompagné la reconversion du site en zone de riziculture. « Ils ont évacué les déchets, procédé à des traitements aériens et mis en place un programme de valorisation agricole », explique un responsable du cabinet. Résultat : une activité économique sécurisée sur le plan sanitaire.

À la tête de la coopérative Solidarité qui regroupe 36 producteurs, dont huit femmes, Edith Zonni Gah mesure le chemin parcouru : « Avant, le travail était pénible et les rendements faibles. Aujourd’hui, la culture est semi-mécanisée, nous avons reçu des engrais et du matériel. La récolte a été bonne cette année ».

Pour Archimède Bagou Nouan, un producteur, l’assainissement a changé les conditions de travail. « Désormais, nous cultivons en toute quiétude », s’est-il réjoui.

L’eau, un enjeu vital

Autre transformation majeure : l’accès à l’eau potable. Selon la mairie de Zouan-Hounien, le taux de couverture est passé de 35 à 75 %. « Dans certains quartiers, les coupures d’eau duraient deux ou trois semaines. Avec l’appui de la mine, ce calvaire est derrière nous », témoigne Bado Paul, chef de cabinet du maire. Plus de 20 000 ménages sont concernés, même si près de 13 000 restent encore dans des conditions précaires.

Ces progrès s’appuient sur le Fonds de développement local minier, dont l’enveloppe pour 2023-2024 dépasse 4,4 milliards de Fcfa. À lui seul, le volet eau potable représente 52 % du budget. En 2025, trois pompes à motricité humaine ont été construites et douze réhabilitées.

À Krozialé, Gloudouegbeu Modelle, chef du village, souligne l’importance de ces équipements : « Nous sommes dans une zone à risque avec les orpailleurs clandestins. Nous avons choisi l’exploitation industrielle pour bénéficier d’infrastructures durables. Le château d’eau et les pompes sont une bénédiction pour huit villages ».

Santé, éducation et activités génératrices de revenus

Les actions sociales de la mine s’étendent aussi à la santé et à l’éducation. Trois centres de santé ont été réhabilités et équipés, tandis que cinq écoles primaires et préscolaires ont été construites ou rénovées. Le réseau électrique a été étendu avec l’installation d’environ 100 poteaux électriques par an dans les villages concernés.

Des infrastructures locales pour améliorer les conditions de vie des populations. (Ph: Dr)
Des infrastructures locales pour améliorer les conditions de vie des populations. (Ph: Dr)

En 2025, une caravane médicale axée sur l’ophtalmologie et la santé maternelle et infantile a permis de soigner près de 1 500 personnes. La préfecture de Zouan-Hounien a également été réhabilitée et équipée, le plateau technique renforcé par la mise à disposition d’une ambulance.

Sur le plan économique, la mine soutient des projets de restauration des moyens de subsistance et d’activités génératrices de revenus. Le projet Coliba, dédié au traitement des déchets plastiques, bénéficie d’un appui de la Fondation Endeavour. Parallèlement, plus de 1,7 milliard de Fcfa a été investi, entre 2024 et 2025, dans des projets communautaires et de maintenance routière, notamment sur les axes Ity-Zouan-Hounien et Ity-Bloléquin.

Miser sur la jeunesse

L’éducation figure parmi les priorités. Deux programmes ciblent particulièrement les jeunes. En 2024, dix jeunes filles ont bénéficié d’un appui spécifique pour favoriser leur maintien à l’école. Le programme «Élites de demain» a, quant à lui, permis à sept étudiants ivoiriens issus des communautés minières d’obtenir des bourses d’études.

Pour Zié Apollinaire, surintendant de la mine, ces investissements traduisent la volonté d’un ancrage territorial durable : « La mine profite à 21 villages hôtes. Notre objectif est d’accompagner, sur le long terme, leur développement ».

Un modèle perfectible, mais structurant

Si les besoins restent importants, notamment pour atteindre une couverture totale en eau potable et renforcer certains services sociaux, les transformations observées à Zouan-Hounien témoignent d’un changement d’échelle dans l’approche communautaire des projets miniers.

L’expérience de la mine d’Ity montre qu’au-delà de l’exploitation aurifère, un tissu social peut être consolidé par des politiques locales ciblées, associant autorités, populations et opérateurs économiques.

Dans cette région longtemps marginalisée, la mine apparaît comme un levier de développement, à condition que ces actions s’inscrivent dans la durée et continuent de répondre aux priorités des communautés………………………………………………………………………………………………………………………….

  • Drissa Soro, DG de la mine : « Investir dans l’humain pour assurer l’avenir du secteur minier »

 

No Image

Le directeur général de la Société des mines d’Ity (Smi), Drissa Soro, a présenté la politique sociale de l’entreprise comme un levier de durabilité. Il a mis en avant ses engagements en matière de l’emploi local, de la formation et du développement communautaire. Cela, dans un contexte où la production ivoirienne d’or est passée de 10 tonnes en 2012 à 58 tonnes en 2024, avec un objectif national de 100 tonnes par an à l’horizon 2030.

Ingénieur formé en Côte d’Ivoire, il voit dans son parcours « l’opportunité de donner l’exemple et de montrer que les pays africains regorgent de ressources et de talents ». Sur le plan territorial, la Smi contribue au Fonds de développement local minier (Fdlm) d’Ity.

Ce mécanisme, piloté par le préfet du département de Zouan-Hounien, est fondé sur un plan de développement triennal élaboré avec les acteurs locaux. L’entreprise mise également sur la formation des jeunes générations.

Un partenariat avec l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (Inp-HB) de Yamoussoukro permet d’accueillir, chaque année, entre 100 et 150 étudiants pour des stages académiques et professionnels. Un partenariat avec l’université de Man est en élaboration.

La construction d’une école technique spécialisée dans les métiers miniers est un projet à l’étude. Il sera situé à environ 80 kilomètres du site d’exploitation.

À travers ces initiatives, la direction de la Smi entend inscrire l’activité minière dans une dynamique durable, où la croissance de la production est accompagnée d’un investissement continu dans le capital humain et le développement local.

 

 

SOURCE : Fratmat

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.