S.E.M Sherif Magdy Rashad Seif, ambassadeur d’Égypte en Côte d’Ivoire: “Nos relations sont en constante amélioration” (Interview)

0 13

Comment qualifieriez-vous l’état actuel des relations bilatérales entre Le Caire et Abidjan ?

Les relations diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et la République arabe d’Égypte, établies en 1960, sont aujourd’hui excellentes et en constante amélioration. Elles sont caractérisées par un dialogue politique régulier et constructif, fondé sur les principes de solidarité africaine et de non-ingérence. Nous avons récemment approfondi ces liens avec la tenue de trois sessions de consultations politiques bilatérales entre 2022 et 2025, et la signature d’un accord d’exemption mutuelle de visas pour les passeports diplomatiques, spéciaux et de service en août 2025. Des échanges parlementaires soutenus et des visites de haut niveau témoignent de la vitalité de ce partenariat.

 

No Image

Quelles sont vos priorités pour cette année 2026?

Mes priorités de la feuille de route pour cette année s’articule autour de la consolidation et élargissement de la mise en œuvre des accords existants. Il s’agit de préparer et organiser la prochaine session des consultations politiques bilatérales. Nous allons accroître les échanges économiques et faciliter de nouvelles missions commerciales et un forum d’affaires,. Nous allons renforcer la coopération dans des secteurs clés identifiés mutuellement, comme la santé, les infrastructures et l’agro-industrie.

L’Égypte et la Côte d’Ivoire sont deux poids lourds de l’Union africaine. Comment ces deux pays collaborent-ils pour relever les défis de paix et de sécurité sur le continent, notamment face à la montée de l’instabilité dans la zone sahélo-saharienne ?

Nos deux pays entretiennent une coopération étroite en matière de paix et de sécurité, fondée sur une position commune pour la promotion de l’intégration africaine et le règlement pacifique des conflits. Il y a le partage d’expertise : L’Égypte a partagé son expérience en matière de lutte antiterroriste avec la Côte d’Ivoire, et celle-ci participe activement aux programmes de formation de l’Agence Égyptienne de coopération pour le Développement.

– Coordination dans les instances régionales : Nous nous coordonnons étroitement au sein de l’Union Africaine. Nous avons soutenu le rôle de la Côte d’Ivoire, qui a assuré la présidence du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Ua durant le mois de décembre, et qui a eu un rôle crucial dans les défis, notamment sur des dossiers sensibles comme celui de la Somalie, dont la Côte d’Ivoire comprend parfaitement l’impact sur la stabilité régionale. Il y a le le volet soutien mutuel : Nos pays se soutiennent traditionnellement dans les candidatures aux postes électifs internationaux et maintiennent un dialogue constant sur les crises continentales.

Existe-t-il des projets de partage d’expertise entre les administrations égyptiennes et ivoiriennes (formation de diplomates, modernisation de l’administration) ?

Absolument. Le partage d’expertise est un pilier de notre coopération. Il y a la formation diplomatique et administrative : des programmes de formation sont régulièrement offerts aux cadres ivoiriens par l’Agence Égyptienne de Coopération pour le Développement, couvrant divers domaines administratifs et techniques. Il faut noter les les échanges sectoriels. Nous encourageons les échanges d’expériences dans des domaines où l’Égypte a développé un savoir-faire, tels que la modernisation de l’État, la gestion urbaine (avec notre expérience des villes nouvelles), la digitalisation de l’administration et la réforme institutionnelle. Ces échanges se font par le biais de visites d’étude, de séminaires et de l’accueil d’experts.

Quel est l’état actuel de la balance commerciale entre l’Égypte et la Côte d’Ivoire ?

Les échanges commerciaux sont en croissance très encourageante. En 2024, le volume des échanges bilatéraux a atteint près de 300 millions de dollars US. La Côte d’Ivoire exporte vers l’Égypte principalement du bois et des fruits, tandis que l’Égypte exporte vers la Côte d’Ivoire des biens d’équipement et des intrants de production comme le ciment, les articles en acier et les produits plastiques. Notre objectif commun est de poursuivre cette croissance et de diversifier encore la palette des produits échangés.

No Image

Quels sont les principaux obstacles (logistiques, tarifaires ou réglementaires) que vous avez identifiés et quelles solutions préconisez-vous pour doubler, voire tripler ces échanges d’ici les cinq prochaines années ?

Les obstacles identifiés sont les suivantses. A noter le cadre commercial régional : Un défi important est l’absence de la Côte d’Ivoire sur la liste des pays bénéficiaires d’exemptions tarifaires dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (Zlecaf). Cela incite parfois les opérateurs économiques à se tourner vers d’autres pays africains offrant des incitations, à l’instar des pays membres du Comesa. Ensuite, la connaissance des marchés et connexions d’affaires . La nécessité de mieux connecter les secteurs privés et de mieux faire connaître les opportunités et réglementations de chaque marché. Nous préconisons diverses solutions . Il s’agit de multiplier les missions commerciales spécialisées, les forums B2B et les webinaires sectoriels.

– Œuvrer à la simplification des procédures administratives et douanières entre nos deux pays. Ensuite, de promouvoir activement les opportunités d’investissement auprès des secteurs privés.

Dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), comment l’Égypte compte-t-elle faciliter les échanges commerciaux avec la Côte d’Ivoire ?

L’Égypte est un défenseur de la Zlecaf. Nous nous engageons à plaider pour une intégration effective et bénéfique de tous les États membres, dont la Côte d’Ivoire. Nous devons encourager nos entreprises à utiliser les protocoles de la Zlecaf pour commercer avec la Côte d’Ivoire. Nous devons partager notre expérience dans la mise en conformité avec les règles d’origine et les procédures de la Zlecaf.

Des entreprises égyptiennes de premier plan sont déjà présentes en Côte d’Ivoire. Quels sont les nouveaux secteurs (agro-industrie, santé, numérique) que les investisseurs égyptiens explorent actuellement ?

No Image

Outre les secteurs établis (infrastructures, électricité), les investisseurs égyptiens manifestent un vif intérêt pour l’Agro-industrie et transformation alimentaire : Notamment la transformation du cacao. L’Égypte est un grand importateur de cacao, et nous souhaitons accroître nos importations directement de Côte d’Ivoire. Concernant la santé et pharmacie, nous envisageons une coopération pour la localisation de la production pharmaceutique, avec des projets d’implantation d’usines de médicaments en Côte d’Ivoire. Au niveau de la Numérique et du Tic, il y a un partage d’expertise en gouvernance électronique et en infrastructures technologiques. Il y a également le secteur des énergies renouvelables.

Quels sont les principaux produits ivoiriens que l’Égypte souhaite importer davantage, et inversement, quelle offre égyptienne pourrait répondre aux besoins de la consommation ivoirienne ?

Il y a d’abord les importations égyptiennes de Côte d’Ivoire. Nous souhaitons significativement augmenter nos importations de cacao ivoirien, ainsi que diversifier vers d’autres produits agricoles transformés, fruits et bois ouvragé. L’offre égyptienne pour le marché ivoirien : Outre les matériaux de construction et biens d’équipement, l’Égypte peut fournir des produits pharmaceutiques, des produits alimentaires transformés, des articles de consommation courante de qualité et des services dans les domaines du tourisme, de la santé et de l’éducation.

L’Égypte est une destination historique pour les étudiants ivoiriens. Prévoyez-vous d’augmenter le nombre de bourses d’études ou de partenariats entre les universités des deux pays ?

Oui. L’éducation est un axe prioritaire de notre coopération. Nous travaillons à augmenter le nombre de bourses offertes aux étudiants ivoiriens dans les universités et instituts égyptiens et faciliter et encourager les programmes des échanges.

Quel rôle joue l’institution d’Al-Azhar dans la formation des imams ivoiriens et dans la promotion d’un islam de paix et de tolérance en Côte d’Ivoire ?

L’institution d’Al-Azhar, référence mondiale de l’islam modéré, joue un rôle fondamental et apprécié. Elle contribue à la formation de nombreux étudiants et imams ivoiriens dans ses prestigieuses facultés, les armant d’un savoir religieux approfondi et d’une compréhension tolérante de l’islam, aimsi que La promotion des valeurs de paix, de dialogue interreligieux et de coexistence.

No Image

Le cinéma et l’art égyptiens sont célèbres mondialement. Y a-t-il des projets de festivals, de semaines culturelles ou de collaborations cinématographiques prévus à Abidjan ?

Absolument. La coopération culturelle est déja dynamique. Des cinéastes et experts égyptiens se sont déjà rendus en Côte d’Ivoire pour animer des ateliers de formation, partageant ainsi leur savoir-faire avec les professionnels ivoiriens. Nous travaillons activement, avec nos partenaires ivoiriens, à mettre en place un cadre juridique et institutionnel pour régulariser l’organisation de ces ateliers de haut niveau en Côte d’Ivoire. Parallèlement, nous prévoyons des projections cinématographiques, et l’invitation d’artistes et de cinéastes ivoiriens à participer à des festivals en Égypte.

L’Égypte a une expérience reconnue dans la construction de villes nouvelles. Cette expertise est-elle partagée avec les autorités ivoiriennes pour le développement urbain d’Abidjan ou de Yamoussoukro ?

Tout à fait. L’expérience égyptienne en matière de planification et de construction de villes nouvelles et durables (comme la Nouvelle Capitale Administrative) est un atout que nous sommes prêts à partager. Cette expertise peut être mutualisée à travers : des échanges techniques entre nos ministères et agences d’urbanisme. Il y a des missions de conseil et d’études de faisabilité. La participation d’entreprises égyptiennes spécialisées dans les grands projets d’infrastructure urbaine en Côte d’Ivoire.

On sait que l’Égypte a fait des progrès fulgurants dans l’éradication de certaines maladies (comme l’Hépatite C). Une coopération médicale est-elle envisagée pour renforcer le système de santé ivoirien ?

La coopération médicale est une priorité et une réalité. L’Égypte possède une expérience pionnière et réussie dans l’éradication de l’hépatite C, un modèle salué internationalement. Nous sommes très désireux de partager ce savoir-faire avec la Côte d’Ivoire. Cet objectif a d’ailleurs été l’un des points centraux de mes discussions avec le Ministre ivoirien de la Santé et de l’Hygiène Publique. Cette coopération pourrait inclure des programmes de dépistage, de traitement, de formation du personnel médical et de transfert de technologie.

Quelle est la chose qui vous a le plus marqué ou surpris dans la culture ivoirienne depuis votre prise de fonction ?

No Image

Depuis mon arrivée, ce qui me marque le plus est l’incroyable dynamisme et l’optimisme du peuple ivoirien, ainsi que sa richesse culturelle diversifiée et harmonieuse. La capacité des Ivoiriens à célébrer la vie, tout en préservant leurs traditions et en étant ouverts sur le monde, est une source d’admiration.

 

 

SOURCE : Fratmat

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.